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Littérature québécoise

Les libraires - Numéro 99
Les ambassadeurs de la diversité au Québec

Les ambassadeurs de la diversité au Québec

Publié le 06/02/2017

On connaît leur visage, on les entend à la radio, on parle d’eux dans les anthologies. Comment vous présenter ces « ambassadeurs » de la diversité au Québec? En vous proposant tout simplement de plonger dans leurs mots, afin que vous découvriez par vous-mêmes la richesse qui en émane. 

Kim Thúy
« Nous sommes arrivés dans la ville de Québec pendant une canicule qui semblait avoir déshabillé la population entière. Les hommes assis sur les balcons de notre nouvelle résidence avaient tous le torse nu et le ventre bien exposé, comme les Putai, ces bouddhas rieurs qui promettent aux marchands le succès financier et, aux autres, la joie s’ils frottent leur rondeur. Beaucoup d’hommes vietnamiens rêvaient de posséder ce symbole de richesse, mais peu y parvenaient. Mon frère Long n’a pas pu s’empêcher d’exprimer son bonheur lorsque notre autobus s’est arrêté devant cette rangée de bâtiments où l’abondance était personnifiée à répétition : “Nous sommes arrivés au paradis!” » –Extrait de Vi (Libre Expression)

Dany Laferrière
« Il y a longtemps que j’attends ce moment : pouvoir me mettre à ma table de travail (une petite table bancale sous un manguier, au fond de la cour) pour parler d’Haïti tranquillement, longuement. Et ce qui est encore mieux : parler d’Haïti en Haïti. […] Je suis chez moi, pas trop loin de l’équateur, sur ce caillou au soleil auquel s’accrochent plus de sept millions d’hommes, de femmes et d’enfants affamés, coincés entre la mer des Caraïbes et la République dominicaine (l’ennemie ancestrale). […] Cette cacophonie incessante, ce désordre permanent – je le ressens aujourd’hui – m’a quand même manqué ces dernières années. Je me souviens qu’au moment de quitter Haïti, il y a vingt ans, j’étais parfaitement heureux d’échapper à ce vacarme qui commence à l’aube et se termine tard dans la nuit. Le silence n’existe à Port-au-Prince qu’entre une heure et trois heures du matin. […] Aujourd’hui, je n’arrive pas à écrire si je ne sens pas les gens autour de moi, prêts à intervenir à tout moment dans mon travail pour lui donner une autre direction. J’écris à ciel ouvert au milieu des arbres, des gens, des cris, des pleurs. Au cœur de cette énergie caribéenne. » - Extrait de Pays sans chapeau (Boréal)

Ying Chen
« Contrairement aux enfants des temps modernes, qui courent d’une activité à l’autre, ou dont le regard passe d’un écran à l’autre, et qui s’endorment tard le soir le corps épuisé et l’esprit saturé, Poutre-numéro-deux se levait et se couchait au rythme du soleil, suivait toujours la même routine et se contentait de peu. Il attendait, sans peur mais sans impatience non plus, qu’on lui confie une mission, habitant la montagne comme sa maison éternelle, comme s’il vivait encore dans le ventre maternel, ne s’y sentant ni enfermé ni limité; ce qui l’effrayait, c’était plutôt de disposer d’une trop grande liberté de mouvement dans cet espace ouvert, sauvage, une crainte que faisait parfois surgir une vague prise de conscience de la précarité de son existence, quand il n’avait pas à se préoccuper de sa survie et qu’il se retrouvait face à ce paysage dénué de l’imposante humanité, comme au début et à la fin du monde. » -Extrait de Blessures (Boréal)

Aki Shimazaki
« Le mot “sinistre” me fait penser à la scène du soir de la bombe atomique qu’Obâchan m’a racontée une fois : “J’ai vu une volée de lucioles au-dessus du ruisseau, qui était écrasé par les ruines des bâtiments. Les lumières de ces insectes flottaient dans le noir comme si les âmes des victimes n’avaient pas su où aller. ” Je me demande où ira l’âme d’Obâchan. Va-t-elle errer pour toujours entre ce monde et l’autre monde? Ses jours sont comptés. J’espère qu’elle trouvera le calme et pourra mourir en paix, comme Ojîchan. » -Extrait de Hotaru (Nomades)

Sergio Kokis
« La route étroite qui longeait la grande favela Rocinha au nord était encombrée d’autobus, de camions et de motos, et les trottoirs exigus étaient remplis de monde. Des commerces misérables aux enseignes criardes côtoyaient une grande quantité de bars, de petits restaurants et d’ateliers de toutes sortes débordant sur la chaussée. Curieusement, il y avait aussi les sièges de sectes protestantes de tout acabit, aux appellations fantaisistes, dont les affiches invitaient les gens à la prière et à l’adoration du Christ. Partout, accrochées aux poteaux mais aussi aux maisonnettes décrépites, ou pendant au milieu de la route, des masses entremêlées de câbles allant dans toutes les directions témoignaient d’un réseau électrique chaotique. Les graffitis multicolores, agressifs, allaient de pair avec les innombrables drapeaux brésiliens et banderoles vert et jaune. Et le contenu de grosses poubelles se répandait sur les trottoirs. L’impression d’ensemble était celle d’une immense fourmilière bariolée de misère humaine. » - Extrait de L’âme des marionnettes (Lévesque éditeur)

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