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Littérature québécoise

Les libraires - Numéro 114
La rentrée littéraire 2019 : Littérature québécoise

La rentrée littéraire 2019 : Littérature québécoise

Par Alexandra Mignault, Les libraires, publié le 03/09/2019

À surveiller

Les limbes
Jean-Simon DesRochers (Les Herbes rouges)
Oscillant entre roman d’apprentissage et roman noir, la nouvelle œuvre de Jean-Simon DesRochers est campée dans le Red Light, où grandit Best, un personnage solitaire qui se construit et se déconstruit au fil du temps, cherchant un sens à sa vie. S’il avait foi en l’avenir, ses espoirs s’amenuisent et les désillusions abondent, alors qu’il est devenu sergent-détective et qu’il recherche une tueuse en série qui ne cesse de lui échapper.

 

L’annexe
Catherine Mavrikakis (Héliotrope)
Lorsqu’elle n’est pas en mission, Anna, une espionne, visite souvent l’annexe où a vécu Anne Frank. Lors d’une de ses visites, elle comprend qu’elle est en danger quand elle réalise être suivie. Pour sa protection, on l’envoie dans une maison, une sorte d’annexe où elle vit avec d’étranges personnages. Elle continue de se croire en danger et doute de tout le monde. Faisant abondamment écho à la littérature, ce roman mystérieux de Mavrikakis déstabilise mais ravit, comme toujours.

 

Les abysses
Biz (Leméac)
Bien ficelé et haletant, ce roman illustre les affres qui habitent Catherine et son père, emprisonné pour meurtre au moins pour les dix prochaines années. Étouffée par sa vie, Catherine n’est pas tellement plus libre. Elle délaisse tout et sombre peu à peu, n’ayant plus rien à quoi s’accrocher, enfouissant un secret qui la ronge.

 

Le deuxième mari
Larry Tremblay (Alto)
Les parents de Samuel ont choisi sa future femme, une femme riche, ce qui aidera sa famille. Samuel ne l’a jamais rencontrée et il appréhende ce mariage qu’il ne souhaite pas. Cette dame s’avère plus vieille qu’il l’imaginait. Et surtout, il ignorait qu’il cohabiterait avec un autre homme, son premier mari. Samuel doit obéir à sa femme puisque les femmes dominent dans ce monde imaginé par l’auteur de L’orangeraie, qui bouscule avec acuité les convictions, les préjugés et les rôles établis.

 

Ta mort à moi
David Goudreault (Stanké)
Après la popularité de sa série « La bête », le nouveau roman de David Goudreault était attendu. On renoue ici avec sa plume rythmée, ses personnages atypiques et son ton singulier. Dans une forme éclatée, Ta mort à moi, qui étudie la fatalité, raconte la vie d’une écrivaine, de sa naissance à sa mort brutale, en passant par sa solitude et sa soif d’absolu.

 

Mon ennemie Nelly
Karine Rosso (Hamac)
De retour à Montréal après être demeurée plusieurs années en Amérique du Sud, une jeune femme découvre l’existence de Nelly Arcan. Elle cherche sa place dans la société et sa vie sera étrangement dorénavant liée à celle de l’écrivaine, ce qui chamboulera ses convictions et ses repères. Karine Rosso, qui a collaboré à l’essai Nelly Arcan : Trajectoires fulgurantes, signe un premier roman étonnant, qui rappelle justement la trajectoire fulgurante de la grande écrivaine.

 

Tout comme les tortues
Marie-Christine Chartier (Hurtubise)
Après le charmant roman L’allégorie des truites arc-en-ciel, l’auteure propose une deuxième œuvre dans laquelle elle démystifie à nouveau l’amitié et l’amour. Samuel et Ariane, amis d’enfance puis amoureux, se séparent. Ariane part en Amérique du Sud pour oublier Samuel, qui noue de son côté une relation avec Anaïs. Mais quand Ariane revient de voyage un an plus tard, tout s’embrouille pour les trois personnages.

 

La vie au-dehors
Geneviève Boudreau (Boréal)
Campées à la campagne, les vingt-huit nouvelles de ce recueil puissant, empreint de fulgurance, mettent en scène le quotidien loin de la ville. L’humanité s’y déploie dans toute sa splendeur et sa dureté, ausculte la beauté de la nature, la cruauté des bêtes, les relations entre les êtres et la fatalité. En plus de cette première incursion du côté de la fiction, la poète Geneviève Boudreau présente également cet automne un nouveau recueil de poésie, Si crue que tu pourrais y mordre (Du Noroît).

 

Sauvagines
Gabrielle Filteau-Chiba (XYZ)
Anouk, le personnage d’Encabanée, est de retour dans cette histoire empreinte de poésie, aussi érigée au cœur des splendeurs de la forêt de Kamouraska. Pour protéger la région et les animaux, Raphaëlle et Anouk, qui noueront des liens amoureux, devront affronter un braconnier aux pratiques douteuses, nuisant aux animaux et à la vie sauvage et paisible de la nature.

 

Lignes de fuite
Catherine Chabot (Atelier 10)
Après Table rase et Dans le champ amoureux, la comédienne et dramaturge Catherine Chabot publie Lignes de fuite, qui a été jouée au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui l’hiver dernier. Lors d’un souper de retrouvailles entre amis du secondaire, il est question d’engagement, de politique, d’avenir, de maternité, d’amour et d’amitié. Cette pièce brillante et percutante épluche les angoisses et les rêves des jeunes trentenaires.

 


Des retours réjouissants

Dans Fais ta guerre, fais ta joie (Boréal), Robert Lalonde témoigne de la relation d’un fils avec son père, tout en méditant sur la nature, la peinture, la littérature, l’écriture et la création, dans la même veine que son inspirant Le monde sur le flanc de la truite. L’écrivain Jean-François Beauchemin échafaude une œuvre méditative, poétique et sensible qui sonde notamment la beauté et la complexité du monde. Il propose ainsi un recueil de courtes histoires insolites : Sale temps pour les émotifs (Québec Amérique). L’auteure Marie Laberge, quant à elle, revient avec Traverser la nuit (Québec Amérique), un roman émouvant dans lequel Emmy prend soin des autres, mais oublie de prendre soin d’elle, habituée à l’abandon et à la solitude. De son côté, Audrée Wilhelmy raconte les origines du personnage de Noé, découverte dans Oss, puis retrouvée dans Le corps des bêtes. La lignée dont elle est issue se déploie dans Blanc résine (Leméac), alors que les destins de deux êtres très différents, Daã et Laure, se croisent. Emmanuel Kattan interroge les deuils dans L’attrapeur d’âmes (Leméac). Mystérieux et peu bavard, Balthazar attire l’attention d’une journaliste après avoir empêché un homme de se suicider, d’où son surnom de « Soulcatcher ». La journaliste arrive à l’apprivoiser, mais les intentions des deux protagonistes sont plutôt nébuleuses. Pour sa part, Aki Shimazaki amorce un nouveau cycle romanesque avec Suzuran (Leméac/Actes Sud), un roman encore une fois empreint de délicatesse, de douceur et de retenue. Anzu, une trentenaire divorcée, élève seule son garçon dans une petite ville près de la mer du Japon, où elle exerce sa passion pour la poterie et où gravitent autour d’elle sa sœur, ses parents et son ex-mari. Après En attendant Russell et En ces bois profonds, François Lévesque clôt sa « Trilogie boréale » avec Le Nord retrouvé (Tête première), réunissant cinq personnages liés par la mort de l’un d’entre eux, une personne qu’ils ont tous côtoyée. Pierre Samson s’inspire d’un fait divers oublié, soit la mort d’un immigrant et chômeur en mars 1933, abattu sans raison par un policier qui sera par la suite blanchi, ce qui entraîna une émeute. Dans Le mammouth (Héliotrope), il sort donc ce personnage de l’anonymat, reconstituant minutieusement le Montréal des années 30, chamboulé par la crise économique. Par le biais de cette histoire, il souhaite montrer que les choses n’ont pas tellement changé… L’auteur Michel Jean offre un nouveau roman, Kukum (Libre Expression). Une orpheline tombe amoureuse d’un jeune Innu et apprendra notamment les valeurs ancestrales et la soif de liberté de ce peuple. Dans une atmosphère de fin du monde, alors qu’il reste peu de survivants sur la planète, Une fille pas trop poussiéreuse (Stanké), de Matthieu Simard, illustre la solitude et le vide dans les relations humaines.

À lire aussi
Les offrandes, Louis Carmain (VLB éditeur)
Saint-Calvaire, François Racine (Québec Amérique)
N’aie pas peur de la nuit, Naïm Kattan (XYZ)
Miniatures indiennes, François Hébert (Leméac)
Georgette au milieu du monde, Émile Martel (Leméac)
Le bout du monde existe ailleurs, Hélène Rioux (Leméac)
Les manifestations, Patrick Nicol (Le Quartanier)

Des romans historiques
Auteur de grandes sagas, Jean-Pierre Charland propose cette fois un roman historique unique, Impudique point ne seras (Hurtubise). Campé à Montréal en 1907, ce récit amalgame une affaire de meurtre à élucider, des prêtres aux mœurs douteuses et des fautes commises. De son côté, Daniel Lessard revisite l’époque de la Grande Noirceur avec La dalle des morts (Pierre Tisseyre), un roman dans lequel les habitants d’un village s’entredéchirent à propos du déménagement du cimetière paroissial. Avec Les Irlandais de Grosse-Île (t. 1) : Deuils et espoirs (Les Éditeurs réunis), Christiane Duquette présente le premier tome d’une fresque familiale qui s’inspire de la vague migratoire irlandaise du XIXe siècle. Après un drame, la famille McDoughan s’exile au Canada, où elle sera mise en quarantaine sur une île. Plusieurs embûches attendent cette famille éprouvée. Marjolaine Bouchard, l’auteure des séries « Les portes du couvent » et « Les belles fermières », en amorce une nouvelle, « Les jolis deuils ». Le premier tome, Retour à Port-aux-Esprits (Les Éditeurs réunis), se déroule en 1950. Après sa première année d’études en médecine, un jeune homme voit son avenir changé alors que des circonstances l’amènent à devenir entrepreneur funéraire. Après nous avoir charmés avec La jeune fille du rang, Anne-Marie Desbiens renoue avec le personnage de Thérèse, la cousine rebelle de Françoise, la jeune fille du premier livre. Ce second récit aussi captivant, La femme de personne (Guy Saint-Jean Éditeur), peut se lire indépendamment. En 1964, Thérèse est maintenant une mère, une épouse et la secrétaire d’un homme d’affaires. Elle devra jongler avec toutes les sphères de sa vie de femme pour trouver un équilibre et s’accomplir. Revendiquant sa place, ce personnage attachant, avant-gardiste et féministe aura des choix à faire pour s’émanciper et tracer sa route. Dans Marie Camille (Guy Saint-Jean Éditeur), France Lorrain (« La promesse des Gélinas ») revient avec une nouvelle série en deux tomes qui met en scène un personnage du clan Gélinas, la fille d’Édouard. Marie Camille délaisse sa formation de garde-malade pour s’inscrire au Collège des embaumeurs du Québec. C’est la première femme à y être admise et elle attire les railleries. À l’aube de la Révolution tranquille, Marie Camille souhaite trouver sa place.

À lire aussi
La faute des autres (t. 2) : Les réalités, Josée Ouimet (Hurtubise)
Histoires de femmes (t. 4) : Agnès, une femme d’action, Louise Tremblay d’Essiambre (Guy Saint-Jean Éditeur)
William et Eva (t. 3) : La prohibition, Mélanie Calvé (Fides)
Le secret de Mathilde, Micheline Dalpé (Goélette)
L’étranger de l’île Dupas (t. 2) : Thomas, Lina Savignac (Goélette)
La maison des Levasseur (t. 2) : 1959. Les grandes rafales, Julie Rivard (Les Éditeurs réunis)
Rumeurs d’un village (t. 2) : L’heure des choix, Marylène Pion (Les Éditeurs réunis)
Rue Principale (t. 2) : Hiver 1967, Rosette Laberge (Les Éditeurs réunis)
Le temps des chagrins (t. 2) : L’héritage, Nicole Villeneuve (JCL)
La rivière aux adieux (t. 2) : L’engagement, Lise Bergeron (JCL)

Des collectifs
Quinze femmes et un homme signent des textes variés et singuliers dans le collectif Stalkeuses (Québec Amérique), dirigé par Fanie Demeule et Joyce Baker. À elles s’ajoutent Krystel Bertrand, Virginie Blanchette-Doucet, Loic Bourdeau, Christina Brassard, Catherine Côté, Vanessa Courville, Sarah Desrosiers, Ariane Gélinas, Marie-Claude Lapalme, Marie-Hélène Larochelle, Catherine Lavarenne, Ariane Lessard, Gabrielle Lessard et Maude Veilleux. Les seize nouvelles mettent en scène des femmes qui laissent leurs obsessions les guider. C’est forcément indiscret, curieux et audacieux, cette plongée dans le voyeurisme. Le recueil Zodiaque (La Mèche), chapeauté par Ariane Lessard et Sébastien Dulude, rassemble des textes de Mélopée B. Montminy, Marjolaine Beauchamp, Zéa Beaulieu-April, Pascale Bérubé, MP Boisvert, Clara Dupuis-Morency, La Bronze, Catherine Mavrikakis, Anne Martine Parent, Chloé Savoie-Bernard et Maude Veilleux. Douze auteures y proposent des textes qui correspondent aux douze signes astrologiques, tentant de se réapproprier l’astrologie et l’ésotérisme pour insuffler un brin de magie dans ce monde qui en est parfois dénué et pour tenter de saisir la vie qui nous échappe sans cesse. Sous la direction de Sonia Sarfati, le collectif On tue la une (Druide) se tisse autour de l’univers du journalisme et regroupe des nouvelles, notamment, de Marc Cassivi, Pierre Cayouette, Luc Chartrand, Michel Jean, Catherine Lafrance, Claudia Larochelle, Isabelle Massé, Florence Meney, Hugo Meunier et Michèle Ouimet. Du côté de Triptyque, Chairs, un collectif sous la direction de Marie-Ève Blais et Olivia Tapiero, s’articule autour de la notion de la chair dans les processus créatifs. Est-elle impliquée dans la création par exemple? Catherine Mavrikakis, Nathanaël, Erin Hill et Ouanessa Younsi sont parmi les auteurs qui y signent un texte. Aussi, une nouvelle collection voit le jour à Tête première : « Tête dure ». Cette dernière proposera des textes « irrévérencieux, incisifs, hors normes et délurés », des textes assumés qui osent. La première parution de la collection s’intitule Folles frues fortes et souhaite déconstruire les stéréotypes et les clichés associés aux femmes. Elle réunit des textes signés par Marjolaine Beauchamp, Martine Delvaux, Fanie Demeule, Marie-Sissi Labrèche, Maude Lafleur, Catherine Mavrikakis, Marie-Ève Sévigny, Katherine Raymond et Marie Demers, qui assure aussi la direction du collectif et de cette nouvelle collection.

À lire aussi
Et si on s’éteignait demain?, collectif (Del Busso Éditeur)
Enfances plurielles, collectif (Pleine Lune)
Les disparus d’Ély : Mortels, collectif (Québec Amérique)
Les disparus d’Ély : Perdus, collectif (Québec Amérique)

Des nouvelles
Dans le recueil de nouvelles Dérives américaines (Druide), Hugues Corriveau sillonne à sa manière les contrecoups et les paradoxes de l’American Dream en s’inspirant du travail du photographe Gregory Crewdson. Les souffrances des enfants sont au cœur de l’émouvant recueil L’ère des enfants tristes de Claude-Emmanuelle Yance (Lévesque éditeur). Cette détresse ne doit pas rester dans le silence ou l’indifférence. Pour sa part, David Bélanger joue avec l’inquiétant et l’étrange dans En savoir trop (L’instant même), basculant peu à peu dans des univers inusités. Premier livre pour Henri Lessard, le recueil de nouvelles Grève des anges (L’Interligne) s’articule autour d’une même héroïne attachante. Le premier recueil de nouvelles de Paige Cooper, Zolitude, a été finaliste aux Prix du Gouverneur général. Boréal offre la traduction de cette première œuvre qui comprend quatorze nouvelles. Ces textes sondent avec finesse et précision l’amitié, l’amour, la solitude ainsi que la complexité des relations humaines.

À lire aussi
Les lieux du combat, Jean-François Chassay (Leméac)
La mémoire des cathédrales, Caroline Guindon (Lévesque éditeur)
Aventure d’un soir, Daniel Marchildon (L’Interligne)

Lire le théâtre
Après Sauver des vies, Pascale Renaud-Hébert récidive avec une autre pièce, Hope Town (L’instant même). Cette fois, elle se penche sur la famille et ses secrets. Isabelle croise son frère disparu depuis cinq ans par hasard lors d’un voyage. Pourquoi est-il parti sans donner de nouvelles, inquiétant sa famille ? D’une grande puissance, la pièce Fauves de Wajdi Mouawad (Leméac) aborde les névroses et les brutalités familiales. Les personnages retrouvent leur aspect sauvage, voire violent. Le prolifique Simon Boulerice publie la pièce Ta maison brûle (Ta Mère). Murielle, ses deux filles et sa belle-sœur se réunissent pour un dernier repas dans la maison familiale, une maison qui n’est plus habitable parce que contaminée. Cette « comédie un peu triste » met en lumière une famille qui se remémore des souvenirs. Du côté de Hamac, on retrouve la pièce La loi de la gravité d’Olivier Sylvestre, qui a déjà été jouée en France, en Allemagne et au Québec, et qui explore l’amitié entre deux adolescents. Olivier Sylvestre a également traduit la pièce Madame Catherine prépare sa classe de troisième à l’irrémédiable d’Elena Belyea (Dramaturges Éditeurs). Dans ce monologue, Madame Catherine souhaite prémunir ses élèves du monde violent dans lequel ils vivent. La leçon s’avère percutante.

À lire aussi
Dévoré(s), Jean-Denis Beaudoin (L’instant même)
Le Wild West Show de Gabriel Dumont, collectif (Prise de parole)
Normal, Jean-Philippe Lehoux (Dramaturges Éditeurs)

De la poésie
L’auteure et éditrice Mylène Bouchard explore la relation avec l’autre, la solitude et l’amour dans son recueil poétique Les décalages contraires (Mémoire d’encrier), qui témoigne des êtres qui se lient ou non. Aussi chez Mémoire d’encrier, Rodney Saint-Éloi offre le lumineux recueil Nous ne trahirons pas le poème. Espoir et humanité s’y côtoient. Dans La maison est vivante (Poètes de brousse), le poète Emmanuel Simard interroge la paternité et les liens filiaux en mettant en scène un homme qui devient père après avoir perdu le sien. Dans son premier recueil de poésie, L’invisible tient à toi (Du passage), Brigitte Lavallée s’intéresse à la maternité et aux relations mère-fille, tandis que le premier recueil de Francis Bastien s’attarde aux lieux qu’on habite et auxquels on s’ancre (Un degré de la fugue, Du passage). Jean-Guy Forget, celui à qui l’on doit le roman After, dresse un portrait poétique du quartier où il a grandi dans Cadillac ne pleure jamais (Del Busso Éditeur). L’auteure et poète Lyne Richard collige les silences qui jalonnent nos vies dans Les silences éparpillés (Éditions David), alors que Véronique Grenier revient avec Carnet de parc (Ta Mère), un troisième recueil après Hiroshimoi et Chenous. Dans ta grande peau de Catherine Côté (L’Hexagone) met en scène une déambulation dans Montréal. Pour sa part, Véronique Sylvain offre un premier recueil, Premier quart (Prise de parole), dans lequel elle revisite le Nord, où elle est née. François Turcot, quant à lui, éblouit avec son nouveau recueil, Souvenirs liquides (La Peuplade), présentant une poésie fignolée qui s’efforce de saisir tous les détails et les éclats de la vie. Aussi à La Peuplade, Vanessa Bell offre son premier recueil de poésie, De rivières. Elle y insuffle une poésie vibrante et dense de laquelle on doit s’imprégner. Aux Écrits des Forges paraîtront les nouveaux recueils de Fredric Gary-Comeau (M’inonde) et de Zachary Richard (Zuma 9). L’Oie de Cravan publie une anthologie de la poésie de Michel Garneau, Choix de poèmes (pas trop longs). Paul Bélanger sonde l’absence et le deuil dans Déblais (Du Noroît), tandis qu’Hugues Corriveau explore pour sa part l’amitié et le temps qui passe dans Les amitiés fragiles (Du Noroît).

À lire aussi
Fusibles, Geneviève Blais (Poètes de brousse)
Dire encore après…, Sylvain Campeau (Triptyque)
Les cœurs de pomme et leur syntaxe, Gabriel Kunst (Triptyque)
Kate et Anna font de la musique, Philippe Drouin (Les Herbes rouges)
Tadmor, Marc-Alexandre Reinhardt (Le lézard amoureux)
Faussaire fauve, Emmanuel Deraps (L’Hexagone)
Sudan et Najin et Fatu, Mathieu Blais (L’Hexagone)
À l’eau froide les ombres, Mathieu Boily (Le Quartanier)
Ciguë, Annie Lafleur (Le Quartanier)
Mirabilia, Vincent Lambert (Le Quartanier)
Le croque-l’œil, Alice Massénat (L’Oie de Cravan)
Bestiaire, Pierre Chatillon (Écrits des Forges)
Dehors dedans, Dominique Lauzon (Écrits des Forges)
Dérivés, Bernard Pozier (Écrits des Forges)
Le View-Master, Louis-Philippe Hébert (La Grenouillère)
La société des cendres — Des lames entières, Martine Audet (Du Noroît)
Gisements, Michael Delisle (Du Noroît)
L’espace caressé par ta voix, Pierre Nepveu (Du Noroît)
Certains soirs de catastrophe, Stefan Psenak (Prise de parole)
Zoo, Daniel LeBlanc-Poirier (L’Écrou)

Interroger le monde et la vie
Après un grave accident de voiture lors duquel elle a subi un traumatisme cérébral, Pénélope doit réapprendre à vivre. Pendant sa réadaptation, ses enfants et le personnel soignant défilent dans sa chambre. Ce récit intimiste et émouvant est une histoire de résilience et de renaissance. C’est à découvrir dans Pourquoi m’enfermez-vous ici? de Katerine Caron (Leméac). Fuyant la crise d’octobre à Montréal, Pierre, un jeune médecin, retourne chez lui, un village inuit au nord du Québec où il n’a pas mis les pieds depuis vingt-cinq ans et devra renouer avec ses origines. À lire dans Débâcles de Marie-Pier Poulin (Sémaphore). L’auteure Marie Demers offre Leslie et Coco (Hurtubise), un roman poignant qui met en scène deux amies très différentes. Ces dernières se cherchent et jonglent avec les aléas de la vie. Après Creuse ton trou, Bruno Massé revient avec Buzzkill (Québec Amérique), un roman actuel qui présente trois milléniaux tentant de s’accomplir dans la vie, malgré les multiples problèmes sociaux qui gouvernent le monde. Dans Un homme vaillant d’Yvon Laprade (Druide), Victor, un vieil homme, apprend qu’il a un cancer incurable. Ce sera l’occasion de revisiter sa vie. Observant les gens qu’il croisait, François Godin met en scène dix-sept personnes absorbées par leur quotidien, dévoilant ce qu’elles taisent ou cachent dans un roman au titre évocateur : La rumeur du monde est sans beauté (Leméac). Après Les filles de l’Allemand, l’auteure Annie-Claude Thériault propose Les Foley (Marchand de feuilles), un roman dans lequel elle dresse le portrait de femmes qui tentent de vivre, d’aimer, d’être elles-mêmes, d’exister tout simplement.

À lire aussi
Le cas de l’archipel, Gilbert Turp (Québec Amérique)
J’ai oublié d’être Sagan, Nassira Belloula (Hashtag)
Moi, Sam. Elle, Janis, Jean Boisjoli (Éditions David)
Le soleil a mangé tous les arbres, Jean-Pierre Trépanier (Sémaphore)

Drôles de romans
Nicolas Chalifour (Vu d’ici tout est petit et Variétés Delphi) renoue avec ses univers déstabilisants et son humour grinçant dans Vol DC-408 (Héliotrope), un roman qui cumule les aventures rocambolesques. Un écrivain à Lisbonne pour clore son roman décide de prolonger son séjour plutôt que de rentrer après avoir terminé son livre. Il erre dans la ville, croise des gens excentriques et vit d’incroyables aventures. Avec ironie et causticité, Philippe Chagnon se penche sur les relations amoureuses et les aléas du quotidien dans L’essoreuse à salade (Hamac), un roman au mordant original.

Premiers romans
La comédienne Eve Lemieux signe un premier roman cru et puissant, Comme des animaux (XYZ). Une jeune artiste est habituée aux amours cruelles et ne sait pas quoi faire avec les attentions délicates d’un jeune homme qui essaie de l’apprivoiser. Avec Le patron (Stanké), le journaliste et auteur Hugo Meunier propose un premier roman singulier, avec la verve et l’humour qu’on lui connaît, qui écorche le monde des médias. Simon, 40 ans, est le patron d’un média numérique, mais il dirige des jeunes qui n’ont pas nécessairement les mêmes valeurs ou visions que lui. Manon Louisa Auger, quant à elle, s’inspire d’Emily Brontë dans sa première œuvre campée au XIXe siècle, Année ou le livre d’Émilie (Leméac). On y suit Émilie, de son adolescence à sa trentaine, sa vie étant jalonnée notamment d’une grossesse précoce, d’un mariage, de morts et d’amitiés. Dans son premier roman, Chroniques de Capitachouane (Lévesque éditeur), Jean Bacon s’intéresse aux camps de bûcherons et à leurs conditions de vie difficiles. Chez les Poètes de brousse, deux parutions inaugurent la nouvelle collection de prose dirigée par Myriam Vincent. Un, de Salomé Assor, interroge la solitude et le mal-être. Un premier roman mêlant le monologue, le récit et la poésie qui rappelle l’univers de Samuel Beckett selon l’éditeur. Dans Les échappatoires, René-Philippe Hénault s’attarde aux complexités des relations familiales. Linda doit jongler avec l’alcoolisme de sa mère.

À lire aussi
Mam’zelle Girouette frise la cinquantaine, Renée Laurin (Goélette)
Baloney suicide, VioleTT Pi (La Mèche)
La mort de Roi, Gabrielle Lisa Collard (Le Cheval d’août)

Quêtes identitaires
Quand Mathieu la quitte, Roxane souhaite changer de vie et déménager à Montréal avec leur fille, une adolescente. Mais cette dernière préfère suivre son père. Maintenant seule, Roxane apprendra donc à se connaître, cherchera un sens à sa vie et vivra autrement. C’est cette histoire qu’Amy Lachapelle raconte dans Le début des petites étincelles (Libre Expression). Dans un lit d’hôpital du Belize, le narrateur prend conscience qu’il est dorénavant muet et prisonnier de son corps. Jean-Daniel Gagnon s’inspire de son histoire pour son roman La navrure (VLB éditeur). Après Une irrésistible envie de fleurir, Christine Michaud propose un deuxième roman, Il est temps de vivre la vie que tu t’es imaginée (Édito), mettant en scène Corinne, une femme à la recherche d’elle-même et de l’accomplissement de ses rêves. Dans Le tarot de Cheffersville de Felicia Mihali (Hashtag), Augusta, le personnage découvert dans Sweet, sweet, China, continue d’apprivoiser la vie et poursuit sa quête identitaire, cette fois dans le Canada subarctique. Claire Holden Rothman, quant à elle, explore notamment les blessures de l’enfance et l’univers du théâtre dans L’ombre de Lear (XYZ). Approchant la quarantaine, Bea change de vie et joint une troupe de théâtre qui monte Le roi Lear. Confrontée aux aléas de la vie, Bea doit aussi jongler avec son père qui souffre d’une démence précoce et sa sœur qui est un peu trop parfaite.

À lire aussi
Figurine, Annie Goulet (Del Busso Éditeur)
Tout n’est jamais dit, Alexandre Lazaridès (VLB éditeur)

Histoires familiales et souvenirs d’enfance
Alice ne parle plus vraiment à sa mère, mais elle part la rejoindre en Argentine après avoir reçu une carte postale de sa part. Ce sera l’occasion de renouer avec son histoire et de découvrir des secrets qu’elle ignorait sur son enfance. Elle y fera également la rencontre d’un homme qui deviendra le père de son enfant. À lire dans Nos vies de plume de Karine Légeron (Leméac). Réparer Philomène (Druide), de Pierre Gagnon, raconte l’enfance d’un garçon grandissant en Beauce, au côté d’une fillette souffrant d’une déficience intellectuelle adoptée par son père. Dans Fécondes (Leméac), l’auteure Anne Genest raconte l’histoire de la petite Anne qui vit pauvrement avec ses parents et sa sœur jumelle. Mais la famille respire tout de même le bonheur. En grandissant, Anne continue d’éloigner le malheur. Plus tard, elle deviendra mère, mais ne cessera jamais de voir la vie avec son regard d’enfant émerveillée. L’auteure et comédienne Francine Ruel traite d’amour filial dans son nouveau roman émouvant Anna et l’enfant-vieillard (Libre Expression). Anna doit tenter de faire le deuil de son fils, même si celui-ci est toujours vivant. Il a sombré dans la drogue. Malgré tout ce qu’Anna a tenté pour le sauver, il a poursuivi sa descente. Pour sa part, Didier Leclair offre Le vieil homme sans voix (Éditions David). Un homme âgé de 80 ans est plongé dans le silence même s’il est entouré de sa famille, qui est auprès de lui pour souligner son anniversaire. Les blessures engendrées par la disparition de sa sœur pourraient être à l’origine de son mutisme. La comédie côtoie le drame dans Lockdown de Guillaume Bourque (Leméac). Pendant des vacances dans un tout-inclus, une famille québécoise se retrouve au cœur d’une histoire sordide. Une jeune fille du coin a été agressée et une enquête est déclenchée. Même si le coupable est trouvé rapidement, ce sera l’occasion pour les membres de cette famille de se livrer à une introspection. Rima Elkouri, journaliste et chroniqueuse à La Presse, signe un premier roman, une fresque familiale bouleversante. Dans Manam (Boréal), elle raconte avec sensibilité le génocide arménien en mettant en scène une famille meurtrie qui enfouit un lourd et tragique passé.

Oeuvres hybrides
La danseuse et chorégraphe Marie Chouinard mêle récit et poésie dans Zéro douze (Du passage), une œuvre vibrante, libre et intense dans laquelle elle revisite son enfance, cette période qui forge l’identité. Dans Taverne nationale (Triptyque), Hector Ruiz et Dominic Marcil mélangent la poésie, la chronique, le conte et l’essai. Ils s’attardent à l’imaginaire d’une taverne de Granby. Hector Ruiz publie aussi cet automne Racines et fictions (Du Noroît), un recueil dans lequel s’entrecroise une poésie en vers et en prose. Le poète déambule dans des quartiers montréalais et témoigne de ses errances. Entre poésie et nouvelle, les récits poétiques qui composent Trois chambres sans lit d’Éloïse Demers-Pinard (Del Busso Éditeur) présentent les mêmes personnages, dont les destins changent. Chez Annika Parance Éditeur, deux titres s’ajoutent à la collection « Sauvage », soit Il faisait beau et tout brûlait, de Vincent Giudicelli, et couleur de l’âme, de Mario Cyr. Après Planètes, ce dernier poursuit son œuvre singulière avec sensibilité, continuant de célébrer la beauté de la vie, autant que ses imperfections.

À lire aussi
Une Babel de pierres vives, Hélène Matte (Planète rebelle)

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