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Littérature policière

Le libraire - Numéro 91
Découvrir l’Asie par le polar

Découvrir l’Asie par le polar

Par Lynn Chadwick, Librairie Éditions Vaudreuil, publié le 26/10/2015

Lire le Yeruldelgger de Ian Manook, qui vient de remporter le prix Saint-Pacôme du roman policier – volet international, m’a fait rêver de la Mongolie au point de vouloir goûter une marmotte farcie aux cailloux, tout comme le fait l’inspecteur de ce roman. D’entrée de jeu, si vous n’avez pas encore lu Manook, n’hésitez plus : l’enquêteur au nom imprononçable qui donne son nom au titre est très attachant et la Mongolie qu’il nous dévoile est fascinante. Et, force est d’admettre que même si l’auteur est Français, il excelle dans la description de ce pays captivant. Pour ce petit tour d’horizon littéraire en Asie, nous nous restreindrons toutefois à vous présenter un écrivain et un duo d’auteures qui en sont originaires.

De la Corée du Sud, il faut découvrirl’auteur Kim Sôngjong avec Le dernier témoin (Actes Sud). Publié à l’origine en 1979, ce roman ne fut traduit que très récemment par Patrick Maurus, directeur de la collection « Lettres coréennes » chez Actes Sud et traducteur de plusieurs œuvres coréennes (une sommité, quoi!). L’intrigue se déroule à l’époque de sa publication originale, mais pour les besoins de l’enquête, l’auteur doit nous ramener vingt ans en arrière, soit pendant la guerre de Corée, cette période négligée dans la fiction en général. Nous suivons l’inspecteur O Pyongho dans une très nébuleuse histoire qui a comme point de départ le cadavre retrouvé d’un riche brasseur dans un réservoir d’eau. Les cent dernières pages nous empêchent de reposer le livre avant la fin, inattendue. Si j’ai trouvé la lecture ardue, surtout au début en raison de la sonorité inhabituelle des noms des personnages et des lieux, elle m’a tout de même beaucoup plu. Choisir de ne pas lire Le dernier témoin vous priverait de découvrir un auteur phare de la littérature coréenne.

Du Vietnam,les sœurs Kim et Tranh-Van Tran-Nhut se portent en fiers étendards avec leur série « Les enquêtes du Mandarin Tan » (Philippe Picquier). Dans la même lignée que « Les enquêtes du juge Ti » de Robert van Gulik, « Les enquêtes du MandarinTan » s’inspire d’un personnage historique, dans ce cas-ci l’ancêtre maternel des auteures. Alors que le juge Ti vivait en Chine au VIIe siècle, le Mandarin Tan évolue au XVIIe siècle et nous fait découvrir la société féodale vietnamienne. Cette série demeure très légère et accessible : on pourrait presque la comparer aux romans d’Agatha Christie. Rien de macabre à proprement parler pour les cœurs sensibles, un peu d’histoire et de légendes du Vietnam et beaucoup d’humour fin font du « Mandarin Tan » une lecture à recommander à un large public. Le premier de la série, Le Temple de la grue écarlate, nous expose la vie de moines qui pratiquent davantage les arts martiaux que la dévotion à Bouddha et autour desquels ont lieu plusieurs meurtres mystérieux. La seconde aventure, L’ombre du prince, nous transporte à la cour de la capitale de l’Empire, avec ses mystérieux eunuques. La troisième, La poudre noire de Maître Hou, nous emmène ailleurs, dans un univers d’élixirs et de poudres soi-disant magiques, qui apporteraient l’immortalité. En tout, huit aventures publiées entre 1999 et 2011. Les personnages principaux, le Mandarin Tan, son ami le lettré Dinh et le docteur Porc sont absolument délicieux.

Ces quelques titres ne sont qu’un mince échantillonnage du répertoire qui compose le polar asiatique. En rafale, il vous faudra également découvrir : Qiu Xiaolong, Keigo Higashino, Miyuki Miyabe. À vous maintenant de découvrir ce continent, à travers le roman policier. Bonnes lectures!

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