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Pierre Pratt: L’image en page

Pierre Pratt: L’image en page

Par Adeline Corrèze, Les libraires, publié le 04/06/2007
La signature de l’illustrateur et auteur québécois Pierre Pratt se retrouve sur des dizaines de livres pour enfants, des albums pour tout-petits jusqu’aux romans pour adolescents. Il a aussi posé sa griffe sur la très ludique exposition Le Petit Chaperon rouge à pas de loup, qui se tient jusqu’au 2 septembre à l’Espace Jeunes de la Grande Bibliothèque à Montréal. Mais c’est sous la lumière éclatante du Portugal, son escale favorite, que celui qu’on peut désigner sans ambages comme le plus doué des illustrateurs jeunesse au Québec a répondu à notre invitation de mettre en image la une de notre journal. Le libraire en a ainsi profité pour le questionner sur ses projets, passés et futurs.
On ne détaillera pas la longue liste des prix et récompenses que les jurys du monde entier lui ont attribués — la page n’y suffirait pas — mais parmi les principaux, notons qu’il s’est vu remettre le Prix du Gouverneur général du Canada (à trois reprises), ainsi que le Prix du livre M. Christie. L’originalité de son travail a traversé les frontières: le prix Unicef lui a été décerné en Italie, et le prix de la Pomme d’Or, en Slovaquie, soulignait le premier album qu’il signait en tant qu’auteur et illustrateur: Léon sans son chapeau. Il publiera ensuite le sublime Le Jour où Zoé zozota (Les 400 Coups), un abécédaire étrange et poétique qui est selon certains sa plus grande œuvre. Récemment, on apprenait qu’il était en lice pour le prix Hans Christian Andersen, surnommé «le Petit Nobel de Littérature» et dont le lauréat sera annoncé à la Foire internationale du livre de jeunesse de Bologne, en avril 2008. Que de lauriers! Sa modestie a-t-elle souffert de tant d’honneurs depuis l’époque où il dessinait dans Croc et Titanic? Aucunement. Pierre Pratt est d’une gentillesse désarmante et, s’il accueille ce déluge de récompenses avec gratitude, il n’en fait pas grand cas, la plus tangible des réussites à ces yeux étant le plaisir de ses petits lecteurs.

Tandems durables
Pierre Pratt grandit dans la banlieue de Montréal et se passionne tout jeune pour le dessin… malgré des notes en arts plastiques qui en auraient découragé d’autres! Quelques publications suffisent pour que ses illustrations pleines de fantaisie, peintes à l’acrylique et colorées de vives teintes primaires trouvent leur public.

Il multiplie les collaborations, alternant projets personnels et projets en duo avec un auteur. Le délirant Mon chien est un éléphant, écrit par Rémy Simard, raconte la découverte d’un pachyderme dans un bac à sable. Voilà le type de scénario tordu et tordant dont Pierre Pratt raffole. «Rémy Simard est un grand ami depuis longtemps, explique-t-il. Il a beaucoup d’humour et d’esprit, je plonge joyeusement dans chacune de ses histoires.» François Gravel est un autre nom associé régulièrement à celui de Pierre Pratt sur les couvertures: «Je me souviens que pour Corneilles, son premier roman pour enfants, je faisais partie d’un jury et j’avais adoré ce titre; il n’avait pas eu le prix… malgré mon enthousiasme.» Une rencontre qui donnera naissance à deux séries. Tout d’abord celle, complètement loufoque, des «Klonk» chez Québec Amérique jeunesse, qui mélange suspense et dérision et la série «David», qui met en scène un petit garçon affrontant ses peurs en passant par toutes les gammes d’émotions (Dominique et Compagnie). Jacques Godbout, auteur à la réputation bien établie, est un autre de ses comparses d’écriture, avec lequel il publiera les craquants Mes petites fesses et Bizarres, les baisers! (Les 400 coups), des incontournables pour petits.

Pierre et le loup
Au printemps, l’équipe de l’Espace jeunesse de la Grande Bibliothèque l’approche pour créer l’affiche de l’exposition Le Petit Chaperon rouge à pas de loup: il propose alors deux images pour une grande bannière verticale et quelques éléments de décor ludiques. Coup de cœur immédiat: les responsables aiment tant ses créations qu’ils conservent les deux affiches et l’invitent à illustrer toute l’animation de l’espace. On peut ainsi parcourir l’exposition sur les traces du loup ou du candide chaperon, au choix, tout en découvrant les multiples versions de ce conte universel. Et Pierre Pratt, habité par le récit de la petite fille à l’habit écarlate et du prédateur aux longues dents, confie mijoter un projet de livre autour d’eux. Le mystère plane encore cependant sur la date de publication de cet album...

Une autre sortie à guetter sera celle, à l’automne, du Géant de la forêt (La Montagne magique), un conte musical brésilien adapté par Christiane Duchesne; une histoire d’arbres et d’amis dont il a créé les images, et que les chansons de Bïa, Thomas Hellman, Georges Moustaki et Monica Freire accompagnent.

Quand il peint et dessine, Pierre Pratt dit penser à l’enfant qu’il était, au petit Pierre qui se laissait aspirer par les images. Tout le processus créatif prend naissance chez lui dans les illustrations: «L’image chez moi précède tout le reste, confirme t-il. J’en ai plein qui attendent leur livre!» Souhaitons donc à ces images de trouver leur page très vite, afin de continuer à faire le bonheur des petits lecteurs.


Bibliographie :
Bizarres, les baisers!, Jacques Godbout, ill. Pierre Pratt, Les 400 coups, 32 p., 10,95$ À partir de 13 ans. David et la bête, François Gravel, ill. Pierre Pratt, Dominique et Compagnie, 32 p., 8,95$ À partir de 6 ans. Le Jour où Zoé zozota, Pierre Pratt, Les 400 coups, 56 p., 14, 95$ Pour tous.
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