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Les guides du parfait petit écolo

Les guides du parfait petit écolo

Par Rémy Charest, publié le 13/06/2006
Si on se fie à la quantité de livres disponibles, les jeunes d’aujourd’hui ont tous les moyens pour devenir de parfaits écolos, conscients de tout ce que la nature a à offrir et de toutes les manières dont nous risquons de la détruire. Lutte contre la pollution, compréhension des changements climatiques, espèces menacées, production d’énergie, agriculture: tout est touché par ces ouvrages souvent militants et regorgeant de propositions d’actes concrets que chacun de nous peut poser pour améliorer les choses.
L’un des plus réussis de cette catégorie est sans aucun doute L’écologie dans la collection «L’imagerie pourquoi comment», produite par les éditions Fleurus (125 p., 19,95$). En courtes séquences question-réponse, le livre fait habilement le tour de questions comme les transports, l’agriculture, l’effet de serre, la gestion de l’eau, la pollution urbaine et la gestion des ressources naturelles, ou même de sujets plus pointus comme les espèces envahissantes ou l’assèchement de la Mer d’Aral dans l’ex-URSS. Mise en contexte, explications claires et faits incroyables se côtoient de page en page, d’une façon très équilibrée et rigoureuse, tout en étant agréablement présentés.

Chez Milan Jeunesse, on offre également toute une collection écologiste, sous le titre collectif «Agir pour ma planète». Il y a d’abord un guide général intitulé J’aime ma planète et toute une série de tomes plus spécifiques sur L’Eau, Le Bruit, L’Énergie ou Les Déchets (31p. ch., 11,95$ ch.). Petits livres compacts et bien illustrés, ils sont aussi informatifs et pratiques, comme en témoigne le slogan imprimé en bas de couverture de tous les ouvrages de la série : «je découvre – je comprends – j’agis».


En faire trop

Emportés par la bonne cause, certains livres ont tendance à trop en faire. Par exemple, Champions du monde de l’écologie, aussi chez Milan Jeunesse (96p., 16,95$), propose plein d’excellents gestes quotidiens ou occasionnels qui peuvent aider véritablement l’environnement. Mais il y a beaucoup d’autres idées dont les avantages, voire la pertinence, ou même l’exactitude, se révèlent beaucoup plus douteux. Par exemple, visiter un Écomusée est-il vraiment un moyen de constater qu’«autrefois, la nature imposait son rythme aux hommes»? Prendre le vélo, nous dit-on encore, nous permet d’être plus haut perché et donc, de respirer moins de gaz d’échappements qu’en étant à pied: vraiment? Et quand on parle de qualité de l’air, est-ce que la guerre aux acariens est vraiment un moyen de lutte contre la pollution? À prendre avec un grain de sel --- marin, sans doute.

De même, Le Dico de l’écologie des éditions De la Martinière Jeunesse (123p., 26,95$), s’il se montre globalement plus rigoureux dans ses propos scientifiques, a toutefois une tendance à pousser l’éditorial assez loin dans les rubriques. L’article sur la faim dans le monde, par exemple, procède d’un point de vue plus politique que scientifique. Sous le terme «Robinet», on trouve la phrase: «Un robinet, ça s’ouvre, mais ça se ferme aussi!», ce qui est plus un slogan qu’une définition. Pour un dico, c’est un dico engagé, c’est le moins qu’on puisse dire.

Bien sûr, il n’est pas étonnant que le point de vue donné soit jusqu’à un certain point militant, et que l’on cherche un peu à secouer le jeune enfant-consommateur des pays industrialisés. Mais le risque, c’est de faire passer de l’opinion pour de l’information, un mélange des genres qui, au bout du compte, crée des confusions supplémentaires qui n’aident pas plus la cause. Le principe de précaution que les écologistes recommandent pour les interventions humaines, ça peut aussi s’appliquer aux affirmations de tout un chacun.


Comment ça marche, la Terre?

Pour bien comprendre le fonctionnement de la nature et éclairer les actes écologiques que nous sommes appelés à poser, il faut aussi pouvoir remonter un peu en amont de ces livres engagés pour s’informer sur un mode un peu plus encyclopédique. Bref, on choisit mieux ses gestes si on comprend bien quels effets ils auront sur le monde qui nous entoure.

Ainsi, on comprendra mieux la biodiversité en explorant La Vie des animaux, une encyclopédie Larousse destinée aux 6 à 9 ans (78p., 19,95$). Des mœurs amoureuses à la vie de groupe en passant par les cris, l’alimentation, le camouflage, la reproduction, l’habitat ou les défenses naturelles des animaux, on couvre tout de façon simple et claire, compréhensible pour un élève du primaire. Un beau tour des merveilles du règne animal, qui ont de quoi nous donner envie de mieux les préserver.

Pour un lectorat un peu plus âgé, les «Guides de la connaissance» des éditions Québec Amérique constituent également une collection hautement recommandable. Dans le style qui a fait le succès de la maison, fort sur l’illustration et clair dans ses explications, le dernier-né de la série, Les Plantes, sous-titré Comprendre la diversité du monde végétal (128p., 19,95$), fait le tour de la question en détails, des structures cellulaires à la croissance des grands arbres et aux milieux naturels pris dans leur ensemble. Le développement des plantes à fleurs, le rôle de la chlorophylle ou la façon dont certaines plantes s’en passent, le transport de la sève ou la dispersion du pollen sont autant de phénomènes expliqués avec des images éclairantes et un propos ordonné et systématique. Un tour d’horizon des centaines de milliers d’espèces du monde végétal qui a tout ce qu’il faut pour bien nous faire comprendre que tout ce qui nous entoure, en ville comme à la campagne, grouille de vie complexe et adaptée à son milieu. Le genre d’enseignement qui, une fois implanté dans votre esprit, vous suit toute la vie.

En ce sens, le parcours que proposent ces livres est loin de se limiter à l’enfance. Pour quand ils seront grands, vous pourriez aussi leur acheter L’Arbre, une vie de David Suzuki et Wayne Grady, un ouvrage très original qui fait le tour de la vie d’un pin de Douglas et de tout ce qui l’entoure et l’habite, au fil des siècles. Loin d’être légère, cette biographie se lit lentement, en portant attention aux petits détails de la Vie, ce qui est peut-être en soi une leçon d’écologie.
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