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Le libraire - Numéro 90
Joël Champetier : Un Grand Ancien de la SFFQ

Joël Champetier : Un Grand Ancien de la SFFQ

Par Pierre-Alexandre Bonin, Monet, publié le 14/09/2015

Dans le milieu de la SFFQ (science-fiction et fantastique québécois), peu d’auteurs sont aussi connus et reconnus que Joël Champetier. Tour à tour auteur, directeur littéraire, scénariste, rédacteur en chef et mentor, il a durablement marqué le milieu, jusqu’à son décès en mai dernier. Il laisse toutefois derrière lui une œuvre riche et imposante. Voici donc le portrait d’un écrivain d’exception.

La carrière de Joël Champetier débute en 1981, avec la publication de sa première nouvelle « Le chemin des fleurs » dans le défunt magazine Requiem, aujourd’hui devenu Solaris. Depuis, il a publié seize romans et vingt-neuf nouvelles, pour lesquels il a remporté onze prix littéraires. Bien qu’il ait publié des textes de fantastique et de fantasy, c’est véritablement dans la science-fiction qu’il trouve son compte. Sa formation de scientifique et son esprit rationaliste et pragmatique expliquent cette préférence. Toutefois, ses romans de fantastique et de fantasy ne sont pas à négliger, puisqu’il a reçu, en 1995, le prix Aurora du meilleur roman en français, remis par l’Association canadienne de la science-fiction et du fantastique, pour La mémoire du lac. La même année, il s’est vu octroyer le Grand Prix de la science-fiction et du fantastique québécois (maintenant Prix Jacques-Brossard) pour l’ensemble de sa production en 1995.

Grand passionné de SFFQ, Joël Champetier s’implique également dans le milieu de diverses manières. Ainsi, en 1983, il est l’un des coorganisateurs du Congrès Boréal, le congrès annuel de la science-fiction et du fantastique québécois. Il fera également partie du conseil d’administration du Congrès en 1984 et de 1989 à 1999, assumant entre autres la fonction de vice-président entre 1994 et 1999. En 1987, il devient également critique pour l’Année de la science-fiction et du fantastique québécois, une recension annuelle de la production en SFFQ. Il intègre la revue Solaris à titre de critique cinéma, avant d’en devenir l’un des directeurs littéraires, de 1990 à 1994. Joël Champetier signe son premier éditorial en 1999, en tant que coordonnateur de la revue, dans le numéro 129. Dès 2000, le poste de rédacteur en chef est créé et il occupera cette fonction jusqu’à son décès. Il est rapidement devenu une figure représentative de la revue et a ainsi contribué à la faire connaître en dehors des cercles habituels de la SFFQ. Il aura donc été à la barre de Solaris durant près de dix-sept ans, ce qui lui aura permis d’ouvrir les portes de la revue à de jeunes auteurs qui font maintenant partie de la relève en science-fiction, fantastique et fantasy.

Un élément méconnu de son œuvre est sans contredit son intérêt pour la scénarisation. C’est d’ailleurs comme scénariste qu’il a fait ses premières armes. Il a ainsi été finaliste en 1984 et 1985 pour le prix du meilleur scénario, organisé par Radio-Québec (maintenant Télé-Québec). Il a également reçu le mandat, en 1997, de scénariser l’adaptation de son roman fantastique La peau blanche, qui sera portée au cinéma en 2004 sous la direction de Daniel Roby.

L’esprit ouvert et la curiosité de Champetier l’ont amené à explorer différents sujets à travers ses œuvres, même si nous retrouvions souvent ses thèmes de prédilection : le sens du pragmatisme (ce qui donne à ses récits, même science-fictionnels, une touche très « terre-à-terre ») et la rationalisation de l’impossible. Au sein de son œuvre, certains textes ressortent davantage. Il y a entre autres La taupe et le dragon, un roman de science-fiction mêlant politique et espionnage, pour lequel il a remporté le prix Boréal (ex aequo) en 1992. Notons aussi Le voleur des steppes, un roman de fantasy, ainsi que La mémoire du lac, dont nous avons déjà parlé.

L’œuvre et la carrière de Joël Champetier constituent une pierre importante dans l’édifice de la SFFQ, et il est évident que son héritage littéraire survivra au passage des années. De plus, son ouverture d’esprit, son sens critique et sa générosité à titre de directeur littéraire et par la suite de rédacteur en chef de la revue Solaris auront permis à des dizaines d’auteurs prometteurs d’améliorer leur pratique littéraire. Ceux-ci œuvrent ainsi à leur tour à ce que la science-fiction, la fantasy et le fantastique québécois poursuivent leur quête d’excellence et continuent de nous faire rêver d’ailleurs imaginaires. Pour tout cela, nous ne pouvons dire que merci, monsieur Champetier, merci pour tout!

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