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Littérature jeunesse

Le libraire - Numéro 72
Anthony Browne: clins d'oeil à l'imagination

Anthony Browne: clins d'oeil à l'imagination

Par Marie Lacourse, Carcajou, publié le 17/10/2012

J’ai fait la connaissance de ce grand auteur-illustrateur à la bibliothèque municipale, en cherchant des albums à lire le soir avec mes deux filles.

Dès la première page nous savions, mes filles et moi, que nous pénétrions dans un univers tout à fait singulier et un peu étrange. Un livre-OVNI en quelque sorte! Ses dessins à la fois (sur)réalistes et léchés évoquent les peintres Magritte et Dali. Sa touche est totalement ludique, avec un aspect très actuel et ancré dans le monde d’aujourd’hui (les fauteuils, la télé, les appartements…). Plusieurs de ses histoires présentent des singes (encore une fois, très réalistes) habillés en humains.

Nous avons rapidement éprouvé un grand plaisir à lire ses textes et également à lire ses illustrations! Il nous propose un foisonnement de détails, de clins d’œil, de distorsions qui nous déstabilisent, nous surprennent, nous font rire ou réfléchir.

Les illustrations d’Anthony Browne incarnent véritablement la trame narrative sous-jacente. Elles sont aussi importantes que le texte.

Le jeu des formes
Dans Le jeu des formes, l’auteur explique comment il initie ses lecteurs à ce « jeu ». Ces derniers doivent déceler, dans l’illustration, les invraisemblances ou les formes qui suggèrent autre chose que ce qu’elles semblent être au départ (un exercice qui rappelle un livre précédent du même auteur, Tout change). C’est une invitation à rester attentif aux détails, aux formes, aux motifs et aux couleurs. Nous y développons notre imagination visuelle, nous exerçons notre regard à circuler dans l’image. Il nous entraîne dans un véritable jeu de cherche et trouve, qui ajoute du sens à l’histoire contée. C’est un endroit où l’esprit peut s’envoler pour le simple plaisir de l’imaginaire, mais c’est aussi pour que chacun y trouve son propre sens. Quelques thématiques sont récurrentes comme l’utilisation de la banane, du chapeau, ainsi que des réinterprétations d’œuvres de grands maîtres (comme il l’avait fait, déjà, dans Les tableaux de Marcel).

En un mot, Anthony Browne nous fait des clins d’œil. Il s’adresse à la fois à l’intelligence et à l’imaginaire du lecteur. Il suggère des pistes, mais lui donne une grande liberté d’interprétation.

Ce qu’il nous raconte
L’auteur britannique aborde dans ses textes les sentiments comme l’angoisse, la peur qui trouvent leur remède dans les grands thèmes universels que sont l’amour, l’amitié, la tendresse, la fidélité, l’ouverture à l’autre, l’écoute de soi et de l’autre. Quelles belles thématiques, avouez!

Le personnage de Marcel revient dans plusieurs albums (Marcel la mauviette, Les tableaux de Marcel, etc.). Marcel est incarné par un petit chimpanzé entouré de gorilles, tous plus grands et plus forts que lui (comme le sont les enfants devant les adultes). Il est sensible, vulnérable et impressionnable. Marcel, au cours de tous ces récits, réussit malgré tout à surmonter ses difficultés en s’alliant, par exemple, à plus fort que lui (Marcel et Hugo). Dans Marcel le rêveur, le petit chimpanzé ose s’exprimer plus librement, pour laisser sortir son expressivité, son intelligence et son talent.

Dans Billy se bile, le personnage du petit garçon Billy – un alter ego de Marcel – est rempli d’inquiétudes. Il a peur de la mort, des monstres, des orages, etc. Sa grand-mère lui suggère de se fabriquer une poupée-tracas : une petite poupée en tissu à qui il pourra révéler l’objet de son inquiétude et qu’il glissera sous son oreiller. Le lendemain matin, les soucis se sont envolés! Quelle bonne idée, non? Après avoir lu cette histoire, ma plus jeune fille s’est empressée de fabriquer la sienne!

Le jeune lecteur retrouve toujours un aspect rassurant, empathique et résilient dans les histoires d’Anthony Browne. Au cours du récit, il expérimente le fait que tout n’a pas qu’un seul sens, que plusieurs interprétations peuvent coexister pour une même circonstance. C’est une invitation à rechercher son propre sens. L’auteur aborde aussi le constat de non-permanence de toutes choses et que ce déséquilibre attribuable aux changements imposés par la vie se rétablit toujours. Finalement, les histoires d’Anthony Browne sont de celles qui font du bien! Parents et enfants, qu’attendez-vous pour pénétrer dans cet univers fabuleux?

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