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Littérature étrangère

Le libraire - Numéro 78
Nos nouvelles plumes: Littérature étrangère

Nos nouvelles plumes: Littérature étrangère

Par Cynthia Brisson, Les libraires, publié le 06/09/2013

C’est grisés de plaisir que nous avons dévoré ces premiers ouvrages et nous vous souhaitons, chers lecteurs, de vivre à votre tour cette sensation enivrante que procure une découverte inattendue. Cet automne, laissez-vous chatouiller par de nouvelles plumes!

Vincent Jolit
Clichy (La Martinière)

Grâce à une narration badine qui se joue des codes et qui interpelle immédiatement le lecteur, Vincent Jolit présente sa version d’une illustre inconnue dont l’existence changea le cours de l’histoire littéraire. Aimée, typographe pour Louis dans un cabinet de médecins, mène une vie rangée, jusqu’au jour où son patron lui demande de taper son manuscrit. Après lecture, elle qualifie le roman d’obscène, d’outrageux, arguant qu’il n’est pas écrit en « français ». Elle a entre les mains Voyage au bout de la nuit et, sans elle et ses multiples versions de tapuscrit, ce classique de Céline n’aurait jamais été édité. Certes, le sujet passionne. Mais la réelle qualité de ce roman est que l’auteur – dur de croire qu’il en est à ses premières armes – sait raconter son histoire comme personne!

 

Romain Puértolas
L’extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea (Le Dilettante)

Un fakir indien fait le voyage jusqu’à Paris pour acheter le tout dernier modèle de lit à clous en pin suédois véritable. À peine sorti de l’avion, il se dirige donc chez Ikea. Avec seulement en poche un billet de 100 euros (faux de surcroît), Ajatashatru Lavash (prononcez : j’attache ta charrue, la vache) entend bien mettre à profit ses tours de charmeur pour parvenir à ses fins. Or, le voyage ne se passe pas tout à fait comme prévu (le titre vous laisse deviner la suite). Une histoire complètement rocambolesque qui jette un vent de fraîcheur sur la rentrée.

 

Toine Heijmans
En mer (Christian Bourgois)

Le voyage de trois jours en mer, depuis le Danemark jusqu’aux Pays-Bas, devait se dérouler sans encombre pour Donald et sa fille de 7 ans. Mais des nuages menaçants absorbent soudain la lumière du jour et plongent le capitaine dans un cauchemar. Alors qu’il descend dans la cale pour s’assurer que Maria dort paisiblement, insouciante de la tempête à venir, le père constate, effaré, que la petite a disparu. Maniant habilement le suspense, à grands coups de retours en arrière, l’auteur néerlandais nous plonge dans un délire où la mer devient la métaphore d’un abysse psychologique. Un récit rythmé et précis qui vient s’affaler dans une finale inattendue.

 

Austin Ratner
As-tu jamais rêvé que tu volais? (Calmann-Lévy)

Accusé d’avoir assassiné son père durant une randonnée en Autriche, Philippe Halsman sera victime d’une justice qui s’affaire à maquiller la vérité pour le faire condamner, lui l’étranger juif. Sauvé en 1931 par une mobilisation internationale, le jeune homme se consacre dès lors à immortaliser la vie avec son objectif. Salvador Dalí, Marilyn Monroe, André Gide… Halsman devient le plus célèbre photographe de son époque et le roman de Ratner, loin d’être une biographie exhaustive, se veut un hommage artistique à cet homme grandiose. L’écrivain américain réécrit l’histoire telle qu’elle aurait pu être.

 

Laure Adler
Immortelles (Grasset)

La narratrice n’a pas peur des fantômes. Au contraire, elle les accueille avec bienveillance, se laissant bercer par un flot de souvenirs continu. Florence, Suzanne et Judith, ses trois amies d’enfance aujourd’hui disparues, prennent forme petit à petit, alors qu’elle se les remémore. On apprend à les connaître depuis l’enfance jusqu’à l’âge adulte. Le roman se referme sur elles, au fil des pages, les conduisant inévitablement vers la fin. Mais cela n’a plus d’importance, car elles sont devenues immortelles. La journaliste Laure Adler rend un hommage vibrant à leur amitié et peut-être même à toutes les jeunes femmes habitées par l’espoir d’une vie meilleure.

 

Déborah Lévy-Bertherat
Les voyages de Daniel Ascher (Rivages)

Hélène, étudiante en archéologie, déménage à Paris chez son grand-oncle, reconnu pour ses romans d’aventures écrits sous pseudonyme. Pour Hélène, cet homme n’est qu’un grotesque personnage attriqué d’un vieux parka beige aux mille et une poches remplies de trésors exotiques donnant lieu à des récits qui lui paraissent trop truculents. Est-ce parce qu’Hélène n’apprécie guère ses manières exagérées qu’elle décide de fouiller les secrets camouflés dans le passé du vieil homme? En soulevant la poussière sur la jeunesse de son grand-oncle, elle découvrira les réelles fondations de sa vie et comprendra ainsi mieux la construction qu’il en a faite… Un roman qui se lit d’un trait et qui nous ramène à l’époque où voyager signifiait ouvrir un livre. 

 

Autre premiers romans

Mentions spéciales pour l’étrangeté et l’âcreté du sujet ainsi que l’audace de la narration qui ressortent de deux premiers romans hautement réussis : Monde sans oiseauxdeKarin Serres (Stock) et La ruche d’Arthur Loustalot (JC Lattès). Et, chapeau bas pour la description des trois personnages du triangle amoureux d’Idiopathie (Sam Byers, Seuil), un roman psychologique bien tourné.

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