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Littérature étrangère

Les libraires - Numéro 114
La rentrée littéraire 2019 : Littérature étrangère

La rentrée littéraire 2019 : Littérature étrangère

Par Isabelle Beaulieu, Les libraires, publié le 03/09/2019

À surveiller

Une partie de badminton
Olivier Adam (Flammarion)
Après cinq ans d’absence, c’est le retour de Paul Lerner, alter ego de l’auteur, qui revient en Bretagne après une période infructueuse à Paris. La vente de ses livres n’est pas un succès, et sa relation de couple, de même que son rapport familial, n’est pas non plus reluisante. Maintenant âgé de 45 ans, Paul devra composer avec l’adversité en cette époque souvent charnière qu’est le mitan de la vie. Et c’est avec une certaine désinvolture, comparable aux gestes effectués lors d’une partie de badminton, qu’il parcourra cette épreuve.

 

Miss Islande
Auður Ava Ólafsdóttir (Zulma)
Dans ce sixième roman de l’auteure islandaise que le Québec a adoptée depuis le tendre Rosa candida, nous nous retrouvons en 1963. Hekla, jeune femme de 21 ans, quitte le nid familial pour rejoindre Reykjavik, la capitale, avec dans ses bagages sa machine à écrire et quatre manuscrits. Mais au lieu de l’encourager à suivre son envie de devenir écrivaine, on l’invitera plutôt à poser sa candidature pour le titre de Miss Islande. C’est sans compter que les êtres en marge sont avant tout des êtres libres.

 

Liminal
Jordan Tannahill (La Peuplade)
Ce roman nous offre une incursion totale dans cette seconde qui hésite entre la vie et la mort, dans le flot d’images et de paroles qui est ravivé pendant ce court instant et qui nous submerge, dans ce flottement qui fait de nous aussi bien un corps terrestre formant un tout qu’un amalgame de particules aériennes disséminant ses morceaux dans le cœur de toutes choses. Quand on est confronté aux limites, les valves de la mémoire et de la conscience s’ouvrent. Un voyage !

 

La mer à l’envers
Marie Darrieussecq (P.O.L)
Rose est en croisière avec ses deux enfants lorsque le bateau va au secours d’un esquif qui compte à son bord des migrants en difficulté. Elle fera la rencontre de Younès, qui cherche à accoster en Angleterre et à qui elle donnera le téléphone de son fils. Alors qu’ils partent chacun de leur côté, la famille et l’émigré resteront en contact à travers les ondes, parfois interrompues, des téléphones. Ils seront réunis à nouveau, avant que Younès reparte à la conquête de son rêve.

 

Girl
Edna O’Brien (Sabine Wespieser)
À près de 89 ans, la grande dame des lettres irlandaises nous revient avec une audacieuse proposition. Elle endosse la parole d’une jeune fille de 14 ans ravie par Boko Haram et ses troupes. Lorsqu’elle arrive à s’enfuir avec son enfant issu d’un viol et revient à son village auprès de sa famille, elle ne reçoit pas l’accueil souhaité. Dans un seul souffle, O’Brien compose une ode aux survivantes.

 

Nobelle
Sophie Fontanel (Robert Laffont)
Annette Comte vient de remporter le prix Nobel de littérature. Ressurgit alors dans sa mémoire l’été de ses 10 ans qu’elle passe en Provence et où elle se met à écrire. C’est aussi l’été pendant lequel elle tombe amoureuse de Magnus. L’ultime reconnaissance qu’elle reçoit et le voyage dans le passé que cela lui fait revivre l’amèneront à relier l’un et l’autre, mêlant l’écriture à l’amour, qui culminent au même diapason.

 

Rien d’autre que cette félicité
Nancy Huston (Leméac)
Tiré d’un vers de Rilke, le titre du nouveau Huston, composé de neuf tableaux, prend la forme d’une lettre. Une écrivaine dans la quarantaine mourra sous peu d’un cancer et décide d’écrire à sa fille de 13 ans pour lui transmettre l’histoire de sa naissance. Elle lui relate également les avaries de sa quête amoureuse et traduit ses expériences pour en faire des ressources parmi lesquelles sa fille pourra puiser.

 

Une joie féroce
Sorj Chalandon (Grasset)
Sorj Chalandon emprunte pour la première fois la voix d’une femme, Jeanne Hervineau, une libraire de 39 ans, pour ficeler son roman. De nature discrète, cette dernière déploiera les grands moyens pour affronter le diagnostic de cancer qu’elle vient de recevoir. Comme elle obtient peu de soutien du côté de son mari, elle se tourne vers trois femmes dont elle fait la connaissance. Ce quatuor qui n’a plus rien à perdre décidera de tenter le tout pour le tout.

 

Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon
Jean-Paul Dubois (L’Olivier)
La vie de Paul Hansen bascule. Pourtant, entre son travail de superintendant à la résidence L’Excelsior et son amoureuse Winona qui lui fait parcourir le ciel à bord de son avion, tout va pour le mieux. Mais les choses commencent à battre de l’aile et, petit à petit, finissent par déraper complètement. Paul se retrouve en prison, dans la même cellule qu’Horton, un Hells Angels redoutable. Mais avec Dubois, la part d’humanité n’est jamais bien loin.

 

Souvenirs de l’avenir
Siri Hustvedt (Actes Sud/Leméac)
En trois plans narratifs, l’auteure élabore le chemin d’une femme arrivée à New York pour écrire son premier roman et sa lecture des événements, quarante ans plus tard. À l’époque, elle consignait par écrit ce qui lui parvenait à travers la cloison de son appartement, une voix de femme murmurant des propos sur sa fille morte et réclamant vengeance. Avec le journal de ces années passées et les bribes du roman entamé, elle recoud le fil de l’histoire.

 


Des histoires familiales

Auteure prolifique en Chine, Zhang Yueran est traduite pour la première fois en français avec Le clou (Zulma), un livre sur les empreintes générationnelles. Deux trentenaires se livrent en excavant leur passé familial et ce qu’il leur a laissé. Christine Montalbetti remonte le fil du temps dans Mon ancêtre Poisson (P.O.L), alors qu’elle part sur la trace de son arrière-arrière-grand-père, un botaniste passionné par ses expériences, mais qui cache aussi une partie noire. La vie en chantier (Gallmeister), de Pete Fromm, révèle les aléas d’un père avec tout ce que cela comporte après que sa femme soit morte en donnant naissance. Dans Nous étions nés pour être heureux (Julliard) de Lionel Duroy, Paul, dont la famille avait coupé les ponts depuis plusieurs années, organise un repas pour ses neuf frères et sœurs et leurs enfants. On dit que l’auteur a quelque chose de Jonathan Franzen et de Philip Roth. Rien de moins. Andrew Ridker, nouveau venu des lettres américaines, utilise un humour pince-sans-rire marié à une tendresse certaine pour mettre en scène les hauts et les bas de la famille Alter dans Les altruistes, publié chez Rivages. Chez Juliette Arnaud, la famille est ébranlée lorsqu’à la veille du 18e anniversaire de Rose, sa mère réapparaît, elle qui était partie quand sa fille était au berceau. Dans Maintenant, comme avant (Belfond), les retours s’apprivoisent. Le titre de famille parfaite semble être tout désigné pour les Essinger, dont les liens sont indéfectibles. Dans Week-end à New York (Christian Bourgois) de Benjamin Markovits, quand Paul, membre du clan et tennisman professionnel, participe à l’US Open, tous s’y rendent pour l’encourager. Mais quelques impairs inattendus teinteront l’événement. Tess Sharpe met en scène dans Mon territoire (Sonatine) une héroïne, Harley McKenna, qui aura à faire ses propres choix. Elle qui a vu à 8 ans sa mère mourir de manière violente et qui a été entraînée par son père dans un milieu impitoyable devra tôt ou tard s’affranchir.

À lire aussi
Ce que l’on sème, Regina Porter (Gallimard)
La part du fils, Jean-Luc Coatalem (Stock)
On ne peut pas tenir la mer entre ses mains, Laure Limongi (Grasset)
Estuaire, Lídia Jorge (Métailié)
La fabrique des salauds, Chris Kraus (Belfond)
Opus 77, Alexis Ragougneau (Viviane Hamy)

Romans de l’Enfance
L’Italien Giosuè Calaciura déploie dans Borgo Vecchio (Noir sur Blanc), à l’aide d’une langue magique, un imaginaire très poétique à travers trois enfants déambulant dans un univers aux accents de tragédie grecque. Chez Kaouther Adimi, les enfants se rebellent lorsque des généraux veulent s’emparer de leur terrain de jeu pour y construire de belles villas. Dans Les petits de Décembre (Seuil), l’auteure fait état d’une Algérie à la fois sombre et prometteuse. Avec Isabelle Desesquelles, on se demande ce que devient un individu dont l’enfance lui a été enlevée. Avec UnPur (Belfond), l’écrivaine confronte ce qu’on n’ose pas aborder. Enfin, Abad, un garçon de 13 ans, déambule dans le quartier parisien populaire de la Goutte d’Or à la recherche de son destin. Sofia Aouine décrit dans Rhapsodie des oubliés (La Martinière) l’ambition de ce jeune ardent qui vivra bien des déceptions, mais que le désir, entre autres, viendra réanimer.

Amour et amitié
Dans Ordinary People (Globe) de Diana Evans, deux couples londoniens dans la quarantaine voient peu à peu leur union battre de l’aile et leur noyau familial se pulvériser. Les remises en question sont au cœur de leurs vies, chacun se demandant où il en est personnellement et où les choses ont commencé à se fissurer. Imperceptiblement, les rêves ont glissé pour se réinventer ailleurs. Le grand sentiment est au cœur du roman La dernière déclaration d’amour (La Peuplade), de Dagur Hjartarson, et l’antihéros du livre l’érige en manière de vivre, tandis qu’Ahmad Danny Ramadan décrit la passion de deux amants dans La balançoire de jasmin (Mémoire d’encrier). Pendant que l’un se meurt, l’autre se projette dans le futur. Au Seuil, chez Julien Decoin, un vieil écrivain entre dans un bar et se remémore ses années 70 à New York, où il tomba sous le charme de Platine, une rock star de la marge. Dans Platines, la mémoire ravive d’anciennes douleurs, mais elle peut aussi donner un nouvel élan à l’écriture. L’amour et l’amitié sont au cœur du roman de Paolo Giordano. Dans Dévorer le ciel (Seuil), Teresa fait la connaissance de trois garçons qui marqueront sa vie, en particulier Bern, dont elle suivra les aspirations malgré le désaccord de ses proches. Que se passerait-il si nous avions la possibilité de revenir en arrière? C’est ce qui arrive au couple formé de Ludwig et Grażyna qui, au lendemain de leur cinquantième anniversaire d’union et à l’aube de leurs 80 ans, se retrouvent de nouveau à 30 ans, alors que débutait leur histoire. Dans Te souviendras-tu de demain? (Fleuve), Zygmunt Miłoszewski explore les stigmates du passé et la perspective des recommencements. Dans Occasions tardives de Tessa Hadley (Christian Bourgois), deux couples sont étroitement liés quand, après trente ans de proximité, un des quatre meurt, mettant à l’épreuve l’amitié de ceux qui restent.

À lire aussi
Je l’aime, Loulou Robert (Julliard)
Rose désert, Violaine Huisman (Gallimard)
La dame au petit chien arabe, Dana Grigorcea (Albin Michel)
Ami de ma jeunesse, Amit Chaudhuri (Globe)

Le vide et le manque
Jean Mattern publie chez Sabine Wespieser le roman Une vue exceptionnelle, mettant en scène la vie enviable de David, qui ne peut cependant s’empêcher de se demander ce qu’il aurait vécu s’il avait eu la chance de devenir père, comme il a failli l’être dans une ancienne relation. Sigrid Nunez a remporté l’an dernier le National Book Award pour L’ami (Stock), qui relate le deuil d’une professeure de littérature et écrivaine à l’égard de son meilleur ami. Celui-ci lui a cependant laissé la garde d’Apollon, un grand danois qui prend beaucoup de place dans son petit appartement. Dans La calanque de l’aviateur d’Annabelle Combes (Héloïse d’Ormesson), Leena monte une librairie dans un petit village qui finira par adhérer à la nouvelle installation. Elle trouvera l’occasion de reprendre contact avec son frère, parti aux États-Unis pour tenter de retrouver leur mère. Yiyun Li s’adresse à son fils suicidé en inventant une conversation avec celui qui n’a pu continuer. Avec La douceur de nos champs de bataille (Belfond), l’amour et la délicatesse transcendent le drame. Dans Se taire (Julliard), Mazarine Pingeot prête sa voix à Mathilde, une jeune femme dont l’existence est chamboulée par une agression sexuelle que sa famille, constituée de penseurs et d’artistes, lui demande de passer sous silence.

À lire aussi
Starlight, Richard Wagamese (Zoé)

Dans la ville
Barbi Marković nous offre un roman de la pop culture contemporaine dans Superhéroïnes (Triptyque). Avec un humour parfois grinçant, cette fiction urbaine à la forme éclatée montre trois amies immigrées vivant à Vienne qui aimeraient bien redorer leur sort et celui des moins bien nantis. Luca Di Fulvio présente, avec Les prisonniers de la liberté (Slatkine & Cie), les tourbillons qu’offre Buenos Aires à travers trois personnages en pleine jeunesse qui se mêlent à la fougue du début du XXe siècle.

Imaginer le pays
L’auteure sud-africaine Sindiwe Magona emprunte la forme épistolaire pour écrire Mère à mère chez Mémoire d’encrier. Elle signe un roman sur les douleurs de l’apartheid et réussit, malgré tout, à y intégrer de la lumière. Le satirique Jonathan Coe renoue avec le style de Bienvenue au club et de Cercle fermé avec Le cœur de l’Angleterre (Gallimard), qui met en scène la décennie précédant le Brexit à travers les aléas de la famille Trotter. L’écrivain voyageur Sylvain Tesson se rend cette fois au Tibet, à la recherche de La panthère des neiges (Gallimard). Dans cette nouvelle aventure, il réfléchit à l’abus des humains sur le monde animal et aux sagesses asiatiques. Dans Archives des enfants perdus (L’Olivier), une femme, un homme et leurs deux enfants respectifs sillonnent les routes des États-Unis. Les membres du couple n’ont cependant pas la même destination en tête. Mêlant l’histoire du pays à celle plus personnelle des protagonistes, Valeria Luiselli s’interroge sur l’importance de la mémoire. À partir de récits d’explorateurs de l’Arctique, Bérengère Cournut imagine avec le roman De pierre et d’os (Le Tripode) le parcours d’Uqsuralik, une jeune femme qui doit trouver les moyens de rester en vie depuis que la banquise s’est fissurée, ce qui l’a laissée seule de son côté, isolée des siens. Patrick Deville nous fait partir de Belém, sur l’Atlantique, pour nous mener à Santa Elena, sur le Pacifique. Entre passé et présent, un père et son fils font dans Amazonia (Seuil) la remontée du grand fleuve. Dans Ceux qui partent (Actes Sud), Jeanne Benameur se poste au port d’Ellis Island, là où débarquent au début du XXe siècle plusieurs immigrants venus tenter une nouvelle vie en Amérique. Andrew Jónsson aime capter par la photographie ce moment de l’entre-deux où le regard se tourne vers l’horizon, mais où le cœur est encore imprégné des paysages de la terre d’enfance. Ce roman d’exil en est aussi un de rêves et de renouveau, où l’on explore la notion de frontières.

À lire aussi
L’esprit des vents, François Simon (Plon)
Les hommes d’août, Sergueï Lebedev (Verdier)

Des Portraits
Éric-Emmanuel Schmitt évoque le deuil de sa mère dans Journal d’un amour perdu (Albin Michel) en faisant remonter à la surface les moments importants qu’il a vécus avec elle et qui ont forgé ce qu’il est devenu. Magnus Hirschfeld était un médecin juif-allemand dont les recherches concluaient à l’égalité pour les femmes et les homosexuels. Livio, 17 ans, s’inspirera de cette figure pour s’émanciper. Dans Jour de courage, publié chez Flammarion, Brigitte Giraud raconte ce qu’il faut de bravoure pour oser être soi-même. Frida Kahlo et Diego Rivera, par la passion incandescente qui les anime, ont toujours fasciné. Claire Berest les met en scène dans Rien n’est noir (Stock), un roman d’amour et de braise. Sandy Allen reçoit, de la part d’un oncle que les gens appellent « crazy boy », un document d’une soixantaine de pages où il est écrit, en fragments disparates, des moments de sa vie. Allen remplit la mission qui lui est confiée et écrit, avec le livre Un insaisissable paradis (Belfond), l’histoire de cet homme dont la vie changea de visage le jour où il s’est retrouvé dans un hôpital psychiatrique aux prises avec la schizophrénie. Dans Adieu Léonard (Christian Bourgois), nous suivons le personnage à travers ses pérégrinations pour retracer le parcours de De Vinci. À la frontière de l’essai et du récit, le livre de Claude Eveno dresse un portrait original du maître italien.

À lire aussi
Berta Isla, Javier Marías (Gallimard)
Databiographie, Charly Delwart (Flammarion)

Voyages dans le temps
En Floride, Isaac, jeune peintre proche de la nature, s’éprend de l’héritière Kemper. Pour fuir une famille à l’emprise néfaste, les deux amants s’éloignent sur la côte du Golfe. Mais on est en 1914 et la guerre s’annonce. Dans Les nouveaux héritiers (Gallmeister), Kent Wascom ébranle les fondements de ce qui unit deux êtres. Pour sa part, dans Mort et vie de Strother Purcell (Leméac), Ian Weir nous transpose en 1876, quand un éminent homme de loi part à la poursuite de son demi-frère et qu’il se volatilise dans la montagne lors d’une tempête. Seize ans plus tard, l’homme est retrouvé et un journaliste à la carrière médiocre décide d’écrire son histoire. C’est en parcourant les strates du souvenir que le nobélisé Patrick Modiano a fait sa marque. Avec Encre sympathique (Gallimard), il ne fait pas exception puisque le personnage de Jean Eyben tente à nouveau de résoudre la mystérieuse disparition de Noëlle Lefebvre, malgré le fait qu’il soit parti de l’agence Hutte il y a trente ans. De son côté, Laurent Binet retourne quelques siècles en arrière en imaginant dans Civilizations (Grasset) ce que serait le monde si Christophe Colomb n’avait pas découvert l’Amérique en 1492 et si l’Europe, en 1531, avait été envahie par les Incas? Dans La redoutable veuve Mozart (La Martinière), Isabelle Duquesnoy nous catapulte en 1791, alors que Mozart meurt et que lui survit sa femme, Constanze. Méconnue, cette figure a pourtant fait beaucoup pour la postérité de l’œuvre de son époux. L’auteure entreprend de réhabiliter celle qui trouva les moyens, même si certains peuvent paraître douteux, pour survivre et faire connaître la musique du compositeur.

À lire aussi
Louvre, Josselin Guillois (Seuil)
Les fiancées du Pacifique, Jojo Moyes (Milady)
La fabrique de poupées, Elizabeth Macneal (Presses de la Cité)
Golden Hill, Francis Spufford (Slatkine & Cie)
La langue et le couteau, Kwon Jeong-Hyun (Picquier)

Révolution!
Dans un monde qui est régi par des règles strictes, Olivia Rosenthal fait l’Éloge des bâtards (Verticales). Quelques individus se regroupent et fomentent des stratégies pour saboter la rectitude de la cité. Lors de ces rencontres, chacun livre son histoire personnelle, contrant ainsi la solitude qui règne sur la ville. Dans Le dernier grenadier du monde (Métailié), Mouzaffar est fait prisonnier du désert pendant vingt et un ans pour avoir secouru son ami, chef révolutionnaire kurde. Quand il est enfin libéré, il part à la recherche du fils qu’il n’a jamais connu. Un roman de Bakhtiar Ali porté par un souffle poétique. Dans Air (Michel Lafon) de Bertil Scali et Raphaël De Andréis, la révolte se fait au nom de la planète, et les méthodes les plus audacieuses sont utilisées pour sauver l’humanité.

Premiers romans
Les premiers romans sont souvent empreints d’un élan fougueux qui nous fait découvrir un style, un rythme, un univers. C’est le cas du livre Les patriotes (Albin Michel), qui s’étale sur trois générations et que Sana Krasikov a mis neuf ans à écrire. Pendant la Grande Dépression qui sévit aux États-Unis, Florence Fein décide de partir pour l’URSS. Elle n’y trouve cependant pas la liberté qu’elle convoitait. Son fils Julian, maintenant adulte, émigre en Amérique, mais retournera en Russie plusieurs années plus tard, où lui seront révélées des parties cachées de la vie de sa mère. Sally Rooney a attiré l’attention à la parution de Conversations entre amis, son premier roman publié qui sort maintenant en français aux éditions de l’Olivier. La narratrice, Frances, et son ex-amante Bobbi font la connaissance du couple formé par Melissa et Nick. Se forme un quatuor inusité qui parle, réfléchit et vit en commun. Depuis que l’Ougandais Kintu a involontairement tué son fils en l’assénant d’une gifle, le mauvais sort s’acharne sur sa lignée. Une myriade de personnages, d’époques et d’événements parcourt le roman fécond Kintu de Jennifer Nansubuga Makumbi (Métailié). Un style étonnant jaillit de la plume de Marin Tince dans Et l’ombre emporte ses voyageurs (Seuil), une logorrhée verbale enivrante sur l’enfance d’un homme écrite à la première personne. « Western d’apprentissage électrique » : voilà comment est présenté le roman À sang perdu (Seuil) de Rae DelBianco, nouvelle voix de la littérature américaine. Wyatt, pour ne pas perdre sa terre, part en poursuite pendant douze jours, rencontrant au passage des individus peu recommandables et devant faire face à des situations périlleuses. Terese Marie Mailhot est une Autochtone issue de la Seabird Island Band, en Colombie-Britannique. Dans Petite femme montagne (Marchand de feuilles), elle nous fait part du lien qui unit une mère et sa fille ainsi que de la violence qui émane des abus sexuels, du racisme et de la dépendance. Ce titre a figuré parmi les meilleurs vendeurs du New York Times. Dans Débutants (Mémoire d’encrier), Catherine Blondeau construit une histoire de liens indéfectibles qui se tissent entre trois personnages d’origines différentes. Secrets, combat antiapartheid et fraternité parsèment ce premier roman.

À lire aussi
Le bal des folles, Victoria Mas (Albin Michel)
Ici n’est plus ici, Tommy Orange (Albin Michel)
77, Marin Fouqué (Actes Sud)
Boy Diola, Yancouba Diémé (Flammarion)
Le planisphère Libski, Guillaume Sørensen (L’Olivier)
Parmi d’étranges victimes, Daniel Saldaña Paris (Métailié)
J’écris ton nom, Sylvestre Sbille (Belfond)

Récits
Emma Becker écrit son expérience en maison close à Berlin, où elle devait au départ rester un an. Elle y demeurera deux ans et demi, et encore forcée de partir à cause de la fermeture de l’établissement où elle se sentait bien. Dans La Maison (Flammarion), l’auteure fait état de sa réalité dans ce lieu singulier. Grâce à Ordesa, aux éditions du sous-sol, Manuel Vilas raconte avec émotion le deuil de ses parents, en même temps qu’il écrit l’Espagne et différents enjeux abordés avec honnêteté et sensibilité. Jackie Kai Ellis ne trouvait pas le bonheur malgré une vie qui inspirait le contraire. Jusqu’au jour où elle plie bagage et décide de se laisser mener par sa passion de la cuisine et des mots. C’est son parcours qu’elle raconte dans La mesure de mes forces (Québec Amérique), qui a déjà été vendu à plus de 15 000 exemplaires en moins d’un an en langue originale anglaise. Mayumi Inaba fait le récit romancé du saxophoniste Abe Kaoru et de l’écrivaine Suzuki Izumi. Dans La valse sans fin (Picquier), les sentiments sont troubles.

Nouvelles et fragments
C’est avec un ton incisif et non dénué d’humour que Kristen Roupenian nous propose, avec Avoue que t’en meurs d’envie (NiL), un recueil de douze nouvelles affichant les hauts et les bas de nos destinées. Extérieur monde (Gallimard), quant à lui, se décline en plusieurs tableaux qui, de façon aléatoire, décrivent des gens rencontrés, des événements vécus et des paysages vus par Olivier Rolin. Dans Les réfugiés (Belfond), Viet Thanh Nguyen exploite en huit nouvelles les joies et les vicissitudes d’immigrants vietnamiens ou de leur descendance, abordant le thème de l’exil et tout ce qu’il sous-entend. Avec La vérité sur le mensonge, aux éditions Slatkine & Cie, Benedict Wells publie dix histoires très différentes, mais reliées par les thèmes de la feinte et des faux-semblants. Après avoir remporté le Prix littéraire du Gouverneur général dans la catégorie Poésie avec Ballades d’amour du North End, la poète métisse Katherena Vermette revient cette fois avec le recueil femme-rivière (Prise de parole), dans lequel il est question de paysage et d’amour.

À lire aussi
Le maître des poupées, Joyce Carol Oates (Philippe Rey)
Sabordages, Bill Gaston (Pleine Lune)

Sociétés réinventées
Un nouveau Bernard Werber se profile à l’horizon avec Sa majesté des chats (Albin Michel), dans lequel la race quadrupède s’impose sur les humains. C’est avec humour et un brin d’ironie que l’auteur revisite notre société sous le regard perçant des félins. Éric Faye situe l’action de son nouveau roman, La télégraphiste de Chopin (Seuil), en 1995, à Prague, où une femme affirme avoir chez elle la compagnie d’un compositeur qui répond au nom de Frédéric Chopin. S’ensuit une enquête pour tenter de démystifier cette fabulation. Résolument contemporain, Les yeux rouges de Myriam Leroy, publié au Seuil, met en scène un cas de harcèlement à l’époque du numérique. Subtilement, les mots d’un inconnu laissés sur Facebook perdent leur caractère anodin. Considéré par le Washington Post comme « le livre le plus important de toute la carrière » de Joyce Carol Oates, Un livre de martyrs américains (Philippe Rey) met l’un en face de l’autre des personnages aux opinions contradictoires à propos du droit à l’avortement, mais qui semblent portés par des quêtes pas si dissemblables. Celestial et Roy pourraient représenter Un mariage américain exemplaire, sauf qu’ils sont Noirs dans un État du Sud qui ne les tolère guère. C’est ainsi que Roy est arrêté à tort et condamné à douze ans de prison pour le viol de sa voisine. Tayari Jones relève dans ce roman publié chez Plon les injustices que cause le racisme ordinaire. Deux souverains pontifes se retrouvent à diriger les fidèles : un plus conservateur, l’autre plus libéral, ce qui sépare les croyants. Dans Le pape (Michel Lafon) d’Anthony McCarten, la division est à son paroxysme. Drew Hayden Taylor, natif de la Première Nation ojibwée de Curve Lake, en Ontario, situe l’action de son roman Le baiser de Nanabush (Prise de parole) à Lac-aux-Loutres, où la vie est très tranquille… jusqu’à l’arrivée d’un étranger qui semble pourtant bien connaître la communauté. En plus d’incarner un grand mystère, l’homme ne laisse personne indifférent.

À lire aussi
Le temps de la haine, Rosa Montero (Métailié)
Cora dans la spirale, Vincent Message (Seuil)
La clé USB, Jean-Philippe Toussaint (Minuit)

L’humaine condition
Amélie Nothomb n’a pas son pareil pour tirer les ficelles d’une histoire où les personnages, même étranges ou particuliers, sont tous profondément humains. Parions qu’avec Soif (Albin Michel), l’auteure trouvera encore une façon de tenir son lecteur en alerte. Chez l’éditeur JC Lattès, Valérie Tong Cuong demande si toute vérité est vraiment bonne à dire. Dans Les guerres intérieures, les personnages sont témoins de drames avant d’être accaparés par le remords de n’avoir rien fait pour les empêcher. Avec La tentation (Stock), Luc Lang nous propose une histoire familiale mettant en lumière François, un chirurgien cinquantenaire qui sera confronté aux choix de ses enfants et à de profonds changements. Dans Quand la parole attend la nuit (Verdier) de Patrick Autréaux, Solal, jeune homme des années 90, étudie en médecine, en même temps qu’il voit ses parents s’écorcher. Lorsqu’il devient interne en psychiatrie, il fera de plus en plus la paix avec sa propre vulnérabilité.

À lire aussi
Les choses humaines, Karine Tuil (Gallimard)
La mécanique du piano, Chris Cander (Christian Bourgois)

Hors norme
Lors d’un accident, François perd l’usage de ses bras. Le jeune homme devra réinventer jusqu’à sa façon de vivre et trouvera sa rédemption dans le handisport. Dans Murène (Actes Sud), Valentine Goby franchit la ligne de la normalité pour nous faire voir d’autres modèles de champions. Une intellectuelle avec un ex-prisonnier toxicomane de dix ans son cadet, est-ce possible en Californie? C’est du moins ce que nous propose Chris Kraus, l’auteure d’I Love Dick, avec son nouveau roman, Dans la fureur du monde (Flammarion). Autochtone manitobain, Joshua Whitehead présente le personnage de Jonny Appleseed (Mémoire d’encrier) dans un roman du même titre où le personnage, vivant désormais en ville, doit refaire le chemin vers la réserve pour les obsèques de son beau-père. Pendant cette semaine qui l’amène vers le retour, amour, sexe et filiation s’entremêlent dans une vive brûlure. Dans Ceci est mon corps de Michael V. Smith (Triptyque), le queer et le genderfuck viennent proposer un nouvel ordre du monde où les catégories sont illusoires. C’est avec flamboiement que Julien Dufresne-Lamy met en scène le monde des drag-queens dans Jolis jolis monstres (Belfond). Le personnage de James constatera après trente ans de métier que les perceptions ont évolué. La Vorrh (Fleuve) est une forêt qui frappe d’amnésie ou de mort toute personne qui décide de s’y aventurer, comme William, un ex-militaire qui voudra suivre sa douce, une sorcière prénommée Este. Cette contrée poétique imaginée par Brian Catling recèle un monde peuplé de créatures les plus extraordinaires les unes que les autres qui plonge le lecteur dans un univers fantastique et riche. Dans Propriété privée (Minuit) de Julia Deck, un couple de nouveaux propriétaires s’impatiente d’emménager dans leur nouveau décor et est persuadé que les années à venir seront celles du bonheur. C’était sans savoir que les Lecoq feraient partie du voisinage. Enfin, une pensée véloce tournoie à la recherche de sa nature et de sa vérité dans Icebergs (Minuit) de Tanguy Viel.

À lire aussi
Cette blessure est un territoire, Billy-Ray Belcourt (Triptyque)
L’étrange histoire du collectionneur de papillons, Rhidian Brook (Fleuve)

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