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Catherine Cusset : Intervalles amoureux

Catherine Cusset : Intervalles amoureux

Par Hélène McClish, publié le 15/07/2004
Rythme alerte. Propos épineux. Tabous à peine avoués. Sujets controversés. Catherine Cusset aime la provocation. Mais derrière ce ton vif et léger, cette parisienne exilée à New York propose dans Amours transversales de rendre compte de la complexité des rapports amoureux dans notre société et livre ses observations sur les multiples facettes du désir.
Autopsie d’une société

Après avoir disséqué la complexité des liens familiaux dans La Haine de la famille et fait état de son rapport complexe à l’argent avec Confessions d’une radine, avec Amours transversales Cusset s’attarde aux relations souterraines qui se développent en périphérie de la vie de couple. Entre le roman et le recueil de nouvelles, ce dernier opus s’articule en quatre récits où les personnages se livrent à un véritable chassé-croisé amoureux. « C’est un livre sur ces rencontres qui ne sont pas celles sur lesquelles on fonde sa vie, qui ne sont pas celles qui aboutissent au mariage ou à une relation durable et stable », de résumer Catherine Cusset, rencontrée lors de son passage au dernier Salon international du livre de Québec.

Myriam, dans la vingtaine, vient d’être larguée par Pierre avec qui elle pensait faire sa vie. Pour oublier, elle part en Sardaigne, fait une halte à Milan où elle retrouve Stefano, dans les bras duquel elle s’était abandonnée quelques années plus tôt. Les années passent, Myriam est mariée, depuis treize ans, à Xavier, et mère de deux enfants. Malgré l’harmonie familiale, le cœur de Xavier ne restera pas hermétique au charme de Camille, jeune inconnue croisée à l’hôpital. Pendant ce temps, Myriam en escapade à l’étranger fera en 24 heures la rencontre de trois hommes qui laisseront en elle des impressions distinctes. Camille, épouse comblée de Guillermo, croisera le chemin de Luis dont le cœur appartient à Margarita. Entre Berlin, Paris, Cancun et New York, le lecteur est convié à assister à ces rencontres qui surviennent à différentes étapes dans la vie des personnages. Amour, sexe et état de couple font bon ménage dans ces histoires qui se superposent sans jamais parvenir à se rejoindre.

Comme un vent timide

Des rencontres brèves, passagères, qui ne bouleversent pas la vie de ces êtres, n’en changent pas le cours, mais laissent en même temps une marque. Une marque qui habitera les esprits. Une part d’inconnu que Cusset avait envie d’explorer. « Ce qui m’intéresse, c’est d’arriver à réconcilier une dualité qui me semble être toujours là. Qui est celle existant entre le désir d’un amour durable et cet
accident qui se produit quand vous êtes dans une situation de faiblesse, que ce soit à l’extérieur ou à l’étranger, et que vous pouvez, tout à coup, vous laissez séduire ou chercher à séduire quelqu’un. » Des comportements qui amènent les personnages à vivre des passions folles qui n’aboutissent pas nécessairement et n’existent trop souvent que dans le fantasme. Une autre façon d’explorer la multiplicité des désirs. « Les choses arrivent même quand vous ne voulez pas qu’elles arrivent. C’est que la rencontre, elle, est toujours accidentelle », de poursuivre l’auteure. Bénéfiques. Consternantes. Ces rencontres tardives viendront s’immiscer dans des histoires d’amour installées. Chacune de ces relations proposera au lecteur un nouveau point de vue.

L’autre part de l’écriture

Avec Amours transversales, Catherine Cusset opère une seconde rupture avec le mode de l’autofiction chère à son œuvre. Délaissant le ton dérisoire de ses précédents livres, elle s’affirme avec un ton plus grave et une écriture plus achevée, alerte, truffée de détails. Ce dernier opus, malheureusement, n’a pas le charme de Confessions d’une radine, dans lequel celle qui aurait aimé être cigale fait état de sa névrose compulsive de fourmi qui cherche à économiser à la moindre occasion. Dans ces histoires composées d’une succession d’anecdotes truculentes, qui feront rire à coup sûr, on découvre la cleptomanie de Cusset qui n’hésitait pas, enfant, à faire les poches de ses camarades de classe et à chiper de menus objets dans les magasins, une tendance dont elle n’est pas tout à fait guérie… L’auteure pose un regard moraliste, un peu honteux, sur les astuces imaginées pour éviter d’allonger quelques dollars. Petit bémol : cette plaquette ne cherche pas à éclaircir les raisons derrière cette avarice pathologique dont elle avoue être « la première victime ».
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