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Hervé Fisher : Le Déclin de l’empire hollywoodien

Hervé Fisher : Le Déclin de l’empire hollywoodien

Par Stanley Péan, Les libraires, publié le 02/11/2004
Le titre, clin d’œil au célèbre film de Denys Arcand et pied de nez à l’industrie qui domine le cinéma mondial depuis des décennies, a un petit parfum de provocation. Et il est vrai que l’artiste multidisciplinaire et philosophe Hervé Fischer, qui nous a donné Le Choc du numérique, ne craint ni la polémique ni la controverse. Mais son nouvel essai s’appuie sur un simple constat objectif : « En s’appuyant sur l’hégémonie de l’empire américain, dont il partage l’arrogance et le cynisme, Hollywood impose dans 90 % des salles de cinéma du monde ses produits de divertissement somptuaires, aux budgets faramineux, mais dont les contenus sont bas de gamme. Occupant toute la place, Hollywood a éliminé la diffusion, et donc la création cinématographique des films d’auteurs. Hollywood tue le cinéma en tant qu’art », explique-t-il.
Qu’on se rassure. Pour Hervé Fischer, il ne s’agit pas de sombrer dans l’anti-américanisme primaire, mais d’analyser, avec la rigueur qu’on lui connaît, les nouveaux enjeux de l’industrie du septième art à l’aube de ce nouveau siècle. Non seulement s’attarde-t-il ici à démonter les mécanismes du système hégémonique hollywoodien, mais il en annonce la fin imminente, ainsi que la renaissance du cinéma indépendant grâce à l’avènement des nouvelles technologies numériques du traitement de l’image : « C’est pour cela que le titre et le livre sont méchants, dit Hervé Fischer. Je suis un militant de la diversité culturelle. Pourquoi pas Hollywood et la culture américaine ? Oui, mais à sa juste place, pour 10 % du cinéma mondial. Je déteste les empires et espère la venue d’un monde multipolaire. Je compte beaucoup sur l’essor de la Chine pour cela. »

En s’appuyant sur les propos de divers cinéastes dont Michael Moore, Denys Arcand, David Cronenberg, Robert Lepage, Wim Wenders et Pedro Almodóvar, pour ne nommer que ceux-là, l’essayiste se réjouit par anticipation de cette victoire de la création et de la diversité culturelle sur l’impérialisme hollywoodien : « Les majors hollywoodiens tiennent encore à gonfler le film et à le diffuser avec des bobines de pellicule 35 mm, un procédé archaïque, extrêmement coûteux et fragile. La diffusion numérique est très bon marché, au contraire, que ce soit par satellite, Internet large bande ou disque dur, et assure une qualité continue de la diffusion. Hollywood résiste aujourd’hui en exigeant des normes de qualité numérique techniquement et commercialement impossibles, et tout à fait inutiles du point de vue de la qualité. Et Hollywood dénonce comme le diable le piratage numérique des films, avec des chiffres non crédibles. Et renonçant aux bobines 35 mm, les sept majors perdront le contrôle des réseaux de diffusion, tandis que les cinémas indépendants vont pouvoir à nouveau se multiplier grâce à la qualité, à la flexibilité et aux coûts très réduits qu’ils impliquent. Comme on le constate déjà ! Hollywood ne voit pas venir l’iceberg devant lui et va sombrer comme le Titanic : trop arrogant et trop lourd pour pouvoir négocier le virage à temps. Tant mieux. Ce sera un excellent remake, enfin; une bénédiction pour le cinéma indépendant et pour la diversité culturelle. Tous les empires ont une fin. Heureusement. »
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