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Essai québécois

Le libraire - Numéro 90
Essai : rentrée 2015

Essai : rentrée 2015

Par Cynthia Brisson, Les libraires, publié le 10/09/2015

Voici quelques titres phares qui risquent d’attirer votre attention au courant du prochain trimestre.

 

Le grand retour
John Saul (Boréal)

Quelle serait la question la plus cruciale de notre époque? Pour l’écrivain canadien et président de PEN international, la réponse est simple : la reconstruction des liens avec les Premières Nations, liens qui devaient constituer les fondements du Canada. Ce que livre ici Saul, ce n’est pas un ouvrage relatant des faits choquants, qui pourtant sont nombreux; c’est une réflexion aiguisée sur l’avenir, que nous ne pouvons plus dessiner sans y réintégrer les peuples autochtones, tout simplement. Il en va de notre survie.

 

 

La peur de l’image. D’hier à aujourd’hui
Nicolas Mavrikakis (Varia)

Devrait-on s’inquiéter du culte que notre société contemporaine voue à l’image? De ces égoportraits qui pullulent sur les réseaux sociaux? Et si nous osions réfléchir au-delà des apparences, que découvririons-nous? L’artiste et critique d’art au Devoir rappelle à juste titre que la vanité de l’homme n’est pas chose nouvelle et que, aujourd’hui comme hier, l’image sous-entend parfois mille mots, sinon mille maux.

 

 

Le niveau baisse! (et autres idées reçues Sur la langue)
Benoît Melançon (Del Busso)

Les essentialistes du français se sont faits plus discrets ces dernières années, mais ils sont toujours parmi nous. Benoît Melançon ne les laissera pas s’en tirer à si bon compte! Dans cet essai ni alarmiste ni jovialiste, il fait le point sur plusieurs idées reçues sur le français québécois (à commencer par celle voulant que son niveau baisse). Une réflexion tempérée sur un sujet chaud.

 

 

Pour découvrir notre courte entrevue avec l'auteur Gilles Pronovost, cliquez ici! 

Travaillons-nous plus que la génération précédente? Consacrons-nous moins de temps à nos enfants? Avons-nous atteint l’équité dans le partage des tâches domestiques? Quelle incidence ont les nouvelles technologies sur nos vies? Ce sont là des questions auxquelles répond avec efficacité Gilles Pronovost dans son essai Que faisons-nous de notre temps? Vingt-quatre heures dans les vies des Québécois. Comparaisons internationales. La vérité, c’est que nous évaluons bien mal le temps que nous passons réellement à pratiquer une activité. Le professeur à l’Université du Québec à Trois-Rivières remet les pendules à l’heure et nous démontre ce que font vraiment les Québécois en vingt-quatre heures.

 

3 réflexions sur l’environnement

David Suzuki est une figure incontournable de la question environnementale. S’il nous a offert maints ouvrages percutants sur le sujet au fil des années, il adopte un ton plus tendre dans Lettres à mes petits-enfants (Boréal). C’est le grand-père qui parle ici et, plus que jamais, sa pensée est teintée de sagesse. La dernière lauréate du prix Pulitzer (catégorie essai), Elizabeth Kolbert, nous convie quant à elle à une lecture pour le moins fracassante avec La 6e extinction (Guy Saint-Jean éditeur). Cette journaliste au New Yorker démontre que les humains sont résolument en train de causer leur perte; de quoi nous donner des frissons. Sur une note moins fataliste, mais néanmoins réaliste, Jean Haëntjens et Stéphanie Lemoine nous proposent un essai où germent des pistes de solution. Éco-urbanisme. Défis planétaires, solutions urbaines (Écosociété) nous invite à penser les villes – souvent pointées du doigt pour leur bilan environnemental désastreux – différemment; à les entrevoir comme le point de départ d’un avenir plus vert. Une lecture captivante qui nous fait respirer un peu d’air frais.

 

3 regards critiques sur le Québec

Réfléchir sur le Québec d’aujourd’hui invite inévitablement à la critique, mais aussi à l’élaboration de pistes de solution. Marie-France Bazzo s’attelle pour une quatrième fois à la tâche de comprendre ce dont le Québec a besoin. Elle s’allie cette fois à Nathalie Collard pour diriger des entretiens autour de la question De quels médias le Québec a-t-il besoin? (Leméac). Les communications de masse sont également au cœur de l’ouvrage-choc Le Québec : une fabrique de servitude de Roger et Jean-François Payette. Après Ce peuple qui ne fut jamais souverain paru en 2013, l’historien et son fils récidivent dans leur entreprise de montrer l’enfermement – culturel cette fois – des Québécois.L’économiste et chroniqueuse au Journal de Montréal, Nathalie Elgrably-Lévy, reconnue pour ses idées polémistes, ajoute elle aussi son grain de sel avec Prendre des libertés. Regard insolent sur l’actualité (Stanké), un ouvrage marqué par la pensée libertarienne.

 

3 traités d’éducation

Ce sont nos enfants qui feront le monde de demain, alors il n’est pas vain de s’interroger encore et encore sur leur éducation et, surtout, de remettre en question certaines de nos pratiques. L’essai TDAH? de Jean-Claude Saint-Onge (Écosociété) est percutant et nécessaire, au vu du nombre de diagnostics de trouble de déficit d’attention et d’hyperactivité qui ne cesse d’augmenter. L’ancien professeur en philosophie s’attaque en particulier à la surmédication des enfants et aux conséquences désastreuses qui en découlent. L’enseignante en psychologie à l’Université de Sherbrooke, Chantal Proulx, se penche elle aussi sur cette question dans Plaidoyer pour une enfance heureuse (CRAM), démontrant que la prise outrancière de médicaments cache bien mal le fait que les enfants vivent de moins en moins dans des environnements propices à leur développement. Mais qu’est-ce que l’éducation, tout compte fait? Quelle place doit-elle occuper dans nos sociétés? Vous trouverez des pistes de réflexion fort intéressantes dans le collectif Les fondements de l’éducation (MultiMondes).

 

3 déclarations d’amour à la littérature

Sous la direction de Patrick Moreau et Sylvain Campeau, quinze spécialistes en lettres se sont réunis pour parler des livres qui sont devenus les piliers de notre littérature. Ainsi, Quinze classiques de la littérature québécoise à découvrir et à redécouvrir (Fides) est un titre à faire trôner dans notre bibliothèque, de manière à nous rappeler l’héritage monumental que nous ont laissé Gérard Bessette, Jacques Poulin, Gaston Miron... Or la littérature québécoise contemporaine est elle aussi digne de mentions et d’éloges! Depuis le tournant du siècle, particulièrement, la fiction d’ici ne cesse de se renouveler. Miroir de la variété qui a pris d’assaut la production nationale ces quinze dernières années, le collectif Un début de siècle dirigé par Jean-François Chassay (Le Quartanier) invite une vingtaine de jeunes auteurs de renom à une réflexion sur la littérature, à laquelle se greffe inévitablement un regard sur la société d’aujourd’hui. M. Chassay fait également paraître Les livres curieux (Leméac), dans lequel il se penche sur le pouvoir qu’ont les livres d’embrasser une infinité de connaissances, de surpasser la fiction pour tracer les contours de nos réalités, en analysant l’œuvre de plusieurs auteurs.

 

3 essais originaux qui font du bien

La plupart d’entre vous connaissent Boucar Diouf pour ses aptitudes de conteur (et pour son passage remarqué à Des kiwis et des hommes), mais le saviez-vous également biologiste? Dans Rendez à ces arbres ce qui appartient à ces arbres (La Presse), il nous offre un condensé de ses talents, mêlant habilement poésie et science des végétaux, partageant ses connaissances comme un récit à déguster. Les journalistes Jean-Simon Gagné et Pascale Guéricolas nous régalent eux aussi d’un ouvrage savoureux. Dans La politique du rire (Septentrion), ils nous présentent pas moins de 150 blagues politiques québécoises et canadiennes, souvenirs de leurs vingt ans de carrière : hilarant! S’il ne vous fera peut-être pas rire aux éclats, l’essai Confession d’un cassé de Pierre Lefebvre vous fera très certainement sourire. L’auteur n’y va pas de main morte avec la dérision lorsqu’il s’interroge sur notre apport à l’argent.

 

Et tous ces autres titres en rafales...

Le référendum, vingt ans plus tard
L’automne 2015 marque les vingt ans de l’échec du deuxième référendum sur la souveraineté et plusieurs éditeurs ont saisi l’occasion de revenir sur les événements de 1995. Chez Québec Amérique, la journaliste Lysiane Gagnon publie Chroniques référendaires, un recueil de ses textes parus à l’époque. Les éditions Somme toute font paraître, sous la direction de Guy Ferland, Avec des si, un collectif de courts récits qui imagine ce qui serait advenu si le Québec avait acquis cette année-là son indépendance. Du côté des éditions du Boréal, Éric Bédard publie un ouvrage à saveur autobiographique sur les dessous politiques de cette époque, intitulé Années de ferveur. 1987-1995. Frédéric Bérard et Stéphane Beaulac reviennent sur la décision marquante de la Cour suprême du Canada, qui n’a pas eu seulement des conséquences au Québec, dans Droit à l’indépendance. Québec, Monténégro, Kosovo, Écosse, Catalogne, aux éditions XYZ. Chez le même éditeur, la pasionaria de l’indépendance Andrée Ferretti fait son testament politique dans Mon désir de révolution.

Biographies
La saison automnale nous réserve aussi plusieurs biographies. Pour les amateurs de sports, il ne faut pas manquer Bonsoir, elle est partie sur l’animateur Rodger Brulotte (L’Homme) et On m’appelle Monsieur Hockey sur le légendaire Gordie Howe (Hurtubise). Pour les férus de politique, Bras de fer de Ken Pereira (VLB éditeur) replonge les lecteurs dans les scandales de la FTQ-Construction et la commission Charbonneau, et la journaliste Huguette Young propose une biographie non autorisée sur Justin Trudeau (L’héritier, VLB éditeur). De l’autre côté de l’échiquier politique, Stephen Harper se dévoile sous la plume de John Ibbitson (Un portrait, L’Homme). Les inconditionnels du chanteur Éric Lapointe seront comblés quant à eux par la biographie qu’a écrite Jacques Lanctôt (Les intouchables). Toujours dans le cercle musical, Pierre Huet se raconte dans En 67, tout était beau. Chansons et souvenirs (Québec Amérique). Sur une note plus littéraire, Michel Biron nous offre la première véritable biographie sur le poète Hector de Saint-Denys Garneau(Boréal). Ne manquez pas également l’essai biographique Foglia, l’insolent de Marc-François Bernier (Édito), un portrait du journaliste, et amoureux des lettres, Pierre Foglia qui se dévore comme un roman.

Sans oublier…
Quelques plumes québécoises nous convient à un voyage à la fois intime et porteur de réflexion. Ainsi, la poète Nicole Brossard se penche sur le thème de la traduction dans le but de définir, à travers le langage, les contours de nos identités collectives dans Et me voici soudain en train de refaire le monde (Mémoire d’encrier). Yvon Rivard nous offre également de très beaux portraits de gens qui ont marqué sa vie dans Exercices d’amitié (Leméac). Chez le même éditeur, soulignons la parution d’un nouvel essai signé par le Canadien et prix Médicis Alberto Manguel (De la curiosité).

Du côté des éditeurs étrangers,le toujours très attendu Frédéric Beigbeder publie Conversation d’un enfant du siècle (Grasset), dans lequel il présente des entretiens avec « les dernières personnes intelligentes sur terre » qu’il a réalisés entre 1999 et 2004. Les éditions Albin Michel publient de leur côté la traduction française du phénomène d’édition Yuval Noah Harari, Sapiens. Une brève histoire de l’humanité, traduit dans une trentaine de langues à ce jour. Chez Perrin, Juliette Benzoni nous propose un portrait captivant d’une vingtaine de femmes du XIVe siècle au destin exceptionnel (Ces femmes du grand siècle). À la toute fin d’octobre, il faudra aussi surveiller l’essai Contre l’Empire de la surveillance, piloté par Ignacio Ramonet, Julian Assange et Noam Chomsky (Galilée).


Pour lire sur la question autochtone, en plus de l’essai monumental de John Saul, vous pouvez vous tourner vers Amerindia. Essais d’ethnohistoire autochtone de Roland Viau (PUM). Les éditions Mémoire d’encrier proposent une pièce d’anthologie avec Haïti. Dictature, mémoire, justice, dans laquelle un collectif d’intellectuels réfléchit sur l’avenir de ce pays au passé tumultueux. Les éditions Lux présentent, fidèles à leurs habitudes, trois essais mordants et engagés : Anonymus de Gabriella Coleman sur le mouvement du même nom; Mater la meute de Lesley J. Wood sur la répression policière et Médiocratie d’Alain Denault. Ianik Marcil fait paraître un essai sur l’économie chez Somme toute (Le passager clandestin : métaphores et lieux communs de l’économie). La journaliste Pascale Navarro signe un plaidoyer sur l’égalité des genres dans Femmes et pouvoir (Leméac). Aussi journaliste, Isabelle Hachey dévoile les zones d’ombre de l’adoption internationale dans Déracinés (La Presse). Sous la direction de Pierre Cayouette et Robert Maltais, certains s’interrogent quant à eux sur l’avenir du journalisme dans Les journalistes (Québec Amérique). Plusieurs titres intéressants du côté de M éditeur également, à commencer par Les boomers sont-ils coupables? Doit-on vraiment souhaiter qu’ils crèvent? du romancier Gaétan Boulanger, qui analyse de plus proche le discours public voulant que la génération des baby-boomers bénéficie d’une retraite dorée, surcharge le réseau de la santé, etc.

Mais ce n’est évidemment que la pointe de l’iceberg.

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