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Le libraire - Numéro 73
Escadron et… alouette! Les origines du 425e escadron alouette

Escadron et… alouette! Les origines du 425e escadron alouette

Par Maxime Côté Lévesque, Les bouquinistes, publié le 30/10/2012

Au début de la Deuxième Guerre mondial, une escadrille canadienne-française est mise sur pied pour hausser le recrutement chez les francophones. Le 22 juin 1942 naîtra ainsi le premier escadron exclusivement francophone qui apportera un soutien indéniable à la Royal Air Force britannique comme escadron de bombardement. Livresques suggestions au sujet de ces Alouettes...

Dès le début de la Seconde Guerre mondiale, l’Aviation royale du Canada (ARC) décide de créer cinq nouveaux escadrons (équipes composées de dix-huit à vingt-quatre appareils) pour apporter un plus grand support à la guerre. Le ministre de la Défense aérienne nationale du Québec, Charles Gavan Power, réussit l’exploit qu’au moins une escadrille soit en majorité composée de Canadiens-français, l’ARC étant jusqu’alors unilingue anglophone. C’est en juin 1942 que sera créé le 425e escadron, les Alouettes. De 1942 à 1945, ces hommes seront rattachés au Centre des bombardiers, contournant ainsi la barrière de la langue puisqu’un bombardier doit garder le silence radio, communiquant donc peu avec les bases anglophones au sol. La devise de l’escadron sera « Je te plumerai », en allusion à la célèbre chanson de l’époque Alouette, gentille alouette. D’ailleurs, ce choix d’oiseau comme emblème n’est pas innocent, puisque l’alouette est un symbole associé à la résistance du français.

L’Alouette en guerre (Athéna) de Bill Rawling s’avère une véritable étude historique du 425e escadron de l’ARC. La recherche de Rawling est effectuée de manière professionnelle et scientifique. Il s’agit d’une étude sur la genèse et l’histoire de la période où les pilotes des Alouettes furent rattachés au quatrième commandement des forces de bombardement (1942 à 1945), alors qu’ils pilotaient les bombardiers Wellington, Halifax et Lancaster. Les sources sont variées et l’appareil critique (notes en bas de page et bibliographie) est très bien construit. L’auteur démontre qu’il a fait une recherche approfondie pour étayer ses dires. Les Alouettes participeront notamment au célèbre débarquement de Normandie, coupant les chemins de fer et les ressources aux ennemis.

Comme plusieurs escadrons, celui des Alouettes sera désactivé à la fin de la Seconde Guerre mondiale, pour remplir ses tâches au sein du NORAD (Commandement de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord). L’Aviation royale du Canada le réactivera comme escadron tactique de chasse dans les années 50, avec les chasseurs-intercepteurs CF-100 Canuck qui seront également utilisés par d’autres escadrons importants comme le 410 Cougars, le 416 Lynx, le 433 Porcs-épics, le 439 Tigres aux dents de sabre, etc. Le livre de Richard Girouard et Marc-André Valiquette, Je te plumerai, esquisse vraiment l’historique du 425, en images. L’iconographie est riche tout comme le texte. Nous arpentons les méandres de l’histoire, depuis l’époque où l’équipe de chasseurs pilotait les CF-101 Voodoo jusqu’aux chasseurs d’aujourd’hui, les CF-18.

Dans son livre l’Alouette affolée, Gilbert Boulanger (qui fut mitrailleur arrière durant la Deuxième Guerre) raconte l’expérience de son enrôlement ainsi que son affectation en Tunisie, lorsqu’il protégea les bombardiers Halifax du 425. La lecture de l’Alouette affolée est un vrai plaisir; M. Boulanger a une plume qui m’a plu dès les premiers chapitres. Nous ressentons le stress et l’angoisse que vivent les pilotes de l’ARC, qui sont littéralement assis sur une inquiétante quantité d’explosifs dans un appareil qui sent les fuites de gaz.

Se heurtant à la ligne Kammhuber, cette ligne de défense allemande composée de radars et de projecteurs qui scrutaient le ciel nocturne à la recherche des bombardiers alliés et couvrant un territoire s’étendant du milieu de la France jusqu’au Danemark, certains pilotes du 425 durent atterrir d’urgence en territoire ennemi. Plusieurs d’entre eux furent prisonniers de guerre, dont M. Gilles Lamontagne, ministre de la Défense et maire de Québec à partir de 1965 pour trois mandats successifs, qui relate son emprisonnement de vingt-huit mois dans sa biographie Gilles Lamontagne. Sur tous les fronts. Cette biographie écrite par Frédéric Lemieux, historien à la Bibliothèque de l’Assemblée nationale du Québec depuis 2000, est imposante, certes, mais les chapitres consacrés à l’épisode de la Deuxième Guerre sont fort bien écrits avec, une fois de plus, un contenu très riche en sources et en images.

Cette année, nous avons fêté le 70e anniversaire d’un escadron très important de l’histoire des forces aériennes canadiennes. Il s’agit de l’escadron tactique de chasse qui protège l’est du pays. Plusieurs autres ouvrages et récits dédiés à ce sujet s’offrent à vous, dont Le mystère de l’aviateur québécois (Éditions au Carré) de Peter Hessel et Du salpêtre dans le gruau (Septentrion) de Gabriel Taschereau, pour ne nommer que ceux-ci.

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