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Bandes d’ados

Bandes d’ados

Par Éric Bouchard, Monet, publié le 13/05/2006
Depuis l’avènement de la révolution industrielle, l’adolescence s’est constituée, élargie et segmentée: on distingue les prépubères et pubères, les sixteenagers et eighteenagers, les jeunes adultes et autres Tanguy! La BD francophone vécut un destin parallèle: s’adressant d’abord aux jeunes, elle devint adulte à la fin des années 60. Et la BD jeunesse en pâtira, alors qu’on appliqua texto la recette des maîtres belges pendant trente ans de séries radoteuses et insipides, avant que les éditeurs ne se décident à garnir leurs catalogues de titres originaux et contemporains.
Soleil, soleil levant et impérialisme culturel
Qu’en est-il pour le public ado? Depuis la mi-90, un éditeur comme Soleil table sur l’heroic fantasy. À la suite de l’arrivée de mégalithes médiatiques tels Le Seigneur des anneaux ou Harry Potter, ce choix finit par s’avérer si fructueux qu’on croule aujourd’hui sous le genre. L’adaptation des mangas, datant de la même période, culmine en 2005 avec 40% du nombre des titres édités sur le marché de la BD francophone! Mais bien que ces produits leur plaisent, les ados rongent tous les mêmes os.

Laissons-en aux adolescents
Joann Sfar, directeur de la défunte collection «Bréal jeunesse», reconvertie chez Gallimard sous le label «Bayou », nous offre une épatante première brassée de titres qui séduira un public laissé en friche par la BD. Avec Aya de Yopougon, nous sommes loin des clichés de l’Afrique exsangue, dans une comédie légère et sensible aux couleurs ensoleillées. Yopougon, quartier populaire d’Abidjan en Côte d’Ivoire, est la scène de ces quelques jours de la vie d’Aya, sérieuse jeune femme aspirante médecin, et de ses deux copines, qui songent davantage à remuer du popotin à la discothèque du coin, le Ça va chauffer! Et c’est un prix amplement mérité pour ce lauréat du meilleur Premier album à Angoulême en 2006.

Skateboards et vahinés nous emmène dans le quotidien préado de Flip le dauphin. Confronté aux conflits de ses deux parents, il trouvera un exutoire dans le skateboard et les BD qu’il réalise, mettant en scène son papi sous le charme des douces vahinés lors de son service militaire à Tahiti. Le désir s’éveille, la rencontre des interdits aussi. Sur un ton très juste, Gipi (tiens, un autre lauréat: meilleur album pour Notes pour une histoire de guerre, Actes Sud) nous dépeint avec de superbes aquarelles et beaucoup d’ambiance l’aventure rock de quatre garçons aux tempéraments forts différents qui retrouvent dans le Local et la musique un terrain pour exprimer leur énergie.

Bonhomme néoclassique
Où s’en est allée la bonne vieille aventure classique? Écrasé depuis longtemps sous le joug du semi-réalisme ou de l’inévitable style «gros-nez» des séries d’humour, le traitement réaliste revient de loin avec le trait enthousiasmant de Matthieu Bonhomme (Le Marquis d’Anaon, Dargaud), qui met dans le mille avec deux nouvelles séries prometteuses.

Esteban est un jeune indien de la Terre de Feu, en 1900. Sa mère décédée, il n’a qu’une idée en tête: s’embarquer comme harponneur sur un baleinier! Au quai d’embauche du Léviathan, les marins se tapent sur les cuisses devant ce gringalet téméraire, qui saura néanmoins gagner sa place en rappelant le souvenir de sa mère, un ancien amour du capitaine. Et bien vite l’adolescent s’attirera l’amitié de l’équipage grâce à ses talents de conteur, mais aussi au courage dont il fera preuve au cours d’une dangereuse première chasse. Cette chasse à la baleine, un sujet plutôt litigieux de nos jours, trouve beaucoup de grâce sous la remise en contexte brillante et documentée de l’auteur.

Dans un Moyen Âge chevaleresque, Guillaume, découvrant que sa sœur aînée a fugué, partie sur les traces d’un père censé être mort, choisira de faire de même, échappant ainsi à la présence d’un beau-père retors et malvenu. Il sera guidé par les auspices d’une cousine qui voit au-delà des choses; aidé de la rencontre opportune d’un chevalier errant, mal dégrossi et au grand cœur; et aussi éclairé par une troublante intuition, de plus en plus manifeste, qui devra être apprivoisé. L’esthétisme soigné de Bonhomme insuffle à cette aventure mélancolique une grande authenticité… Gare à la tournure fantastique en fin d’album!


Bibliographie :
Aya de Yopougon (t. 1), Clément Oubrerie & Marguerite Abouet, Gallimard, coll. Bayou, 112 p., 25,95 $ Skateboard et vahinés : Les Aventures de Flip (t. 2), Morgan Navarro, Gallimard, coll. Bayou, 96 p., 24,95 $ Le Local, Gipi, Gallimard, coll. Bayou, 120 p., 25,95 $ Le Baleinier : Le Voyage d’Esteban (t. 1), Matthieu Bonhomme, Milan, coll. Capsule cosmique, 44 p., 18,95 $ Les Contrées lointaines : Messire Guillaume (t. 1), Matthieu Bonhomme & Gwen de Bonneval, Dupuis, coll. Repérages, 48 p., 16,95 $
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