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2014 : les meilleurs livres de l’année

2014 : les meilleurs livres de l’année

Par Isabelle Beaulieu, publié le 04/12/2014

L’idée a été lancée. Chacun des membres de la rédaction de la revue Les libraires devra annoncer ses cinq meilleurs livres de l’année augmentée de ses courts commentaires.

Voici l’équipe tout excitée par le projet. Chacun élabore sa liste, coupe et recoupe, tente de      
« tricher » et de mettre des livres qui ne sont pas parus cette année, réaffirment que cette liste est impossible à faire, trop de bons livres, trop de laissés-pour-compte qu’on aimerait bien garder. L’exercice fut plus que difficile, mais combien stimulant! Après ce bilan, nous n’avons qu’un immense merci à dire à tous les auteurs et éditeurs de ce monde! Et que vienne 2015, nous sommes prêts!

[Notez qu’après moult pressions, les titres parus en poche en 2014 ont finalement été rendus éligibles.]

Les choix de Dominique

Ma vie rouge Kubrick
Simon Roy (Boréal)

Découvert lors de la préparation du numéro de la rentrée de la revue Les libraires. Parmi les piles, ce texte. Lu d'un élan. Conquis par ce regard troublant, par ce jeu entre fiction et réalité, par le caractère hétéroclite du récit.

Une histoire du monde sans sortir de chez moi
Bill Bryson (Payot)

De Bill Bryson, je lis tout, tout, tout. Chaque fois, il me fait rire, m'instruit, me divertit. Cet ouvrage est une nouvelle réussite, alors que Bryson démystifie tout ce qu'il y a à démystifier au sujet de la maison.

Catherine Mavrikakis pour l'ensemble de ses textes

Je respecte profondément Catherine Mavrikakis. Elle excelle autant dans la fiction - cette année avec sa Ballade d'Ali Baba (Héliotrope) - que dans les textes d'idées. J'ai beaucoup aimé Ce que dit l'écorce (Nota Bene),dans lequel Mavrikakis et le psychologue Nicolas Lévesque s'inspirent de la peau pour élaborer un recueil fascinant, ainsi que son texte sur la langue dans la revue Liberté (no 305) et celui sur Bret Easton Ellis dans Nouveau projet (no 6). Catherine Mavrikakis est nécessaire.   

L'autobus
Marianne Dubuc (Comme des géants)

Un livre jeunesse parmi mes livres marquants de l'année? Certainement! Quand je demande à ma fille qui est son auteur préféré, elle me répond sans hésiter Marianne Dubuc. Elle a six ans et connaît par cœur son œuvre. Ce n'est pas rien. Aujourd'hui, c'est elle qui me raconte le trajet de L'autobus, ou la saugrenue recette de Le gâteau. Le lion et l'oiseau, Mais papa..., Au carnaval des animaux, la liste est longue... Des illustrations riches en détails et en clins d'œil. Ce livre mérite sa place, car il n'y a rien de mieux que de m'emmitoufler sous les couvertures, avec mes deux lionceaux, pour plonger dans un livre.

Le quatrième mur
Sorj Chalandon (Grasset/Le Livre de Poche)

Oui, je triche – ce livre est paru en 2013 –, mais j'assume totalement. Il s'agit sans conteste de ma lecture la plus marquante de 2014. J'ai été brusqué, touché, séduit. Un sujet d'une dureté sans nom porté par une écriture d'une beauté inouïe. Les libraires l'ont récompensé avec justesse en lui accordant son Prix des libraires du Québec (volet étranger). C’est correct Dominique, ce livre est paru en poche en 2014, tu avais le droit.

Les choix de Josée-Anne

Le premier été
Anne Percin (Actes Sud/Babel)

On ouvre ce roman alors que deux sœurs retournent au village où elles ont passé tous les étés de leur jeunesse, pour vider la maison de leur grand-mère décédée. Ce retour dans les souvenirs de leur enfance poussera Catherine à enfin dévoiler à sa sœur ce « problème, que personne ne connaît, mais qui l’étouffe à en crever depuis quinze ans ». Dans ce qui semble une longue lettre adressée à son ainée, Catherine nous entraîne au cœur de sa cruelle mémoire, à cette époque où sa sœur s’entichait des garçons de la colonie de vacances du village, tandis qu’elle, elle découvrait un homme bien différent… Avec des mots justes, un plume sensuelle et surtout appliquée, ainsi qu’accompagnée d’un sens de la narration qui agrippe le lecteur dès les premiers mots, Le premier été chamboule vraiment. Anne Percin y décortique cette aura de mystère qui entoure les prémices amoureuses, ces non-dits auxquels on finit par donner le sens qu’on souhaiterait qu’ils prennent et ce cruel besoin de conformité. Un roman tellement juste qu’il ne nous quitte pas, une fois refermé.

Les filles peintes
Cathy Marie Buchanan (Marchand de feuilles)

Belle découverte que ce roman historique, où l’on côtoie trois jeunes sœurs qui, chacune à sa façon, tentent de se sortir de la misère dans laquelle la Belle Époque française les maintient. Jeunes danseuses pour l’opéra, modèle pour l’artiste (inspirée de la petite qui a posé pour Degas pour sa célèbre sculpture La petite danseuse de quatorze ans), « cocotte » de Montmartre, amoureuse transie pour un prisonnier : les défis seront nombreux pour ces trois filles attachantes et imparfaites. Un grand roman, qui emprunte beaucoup à l’ambiance de l’œuvre de Zola.

Le château des étoiles
Alex Alice (Rue de Sèvres)

Une magnifique BD, magistrale autant grâce à son contenu qu’à ses dessins, digne des aventures de Jules Verne, avec la juste dose d’humour, de sérieux, d’intelligence et de revirements de situation. Une plongée au cœur de la Bavière, et de son fameux château (wow, chapeau à Alex Alice pour les détails architecturaux!), en 1869, alors qu’un père et son fils se lancent dans la conquête des étoiles, en tentant de construire un dirigeable qui explorera l’espace. Y est également dépeint le roi de la Bavières, en grand rêveur comme il ne s’en fait plus, poursuivi par les Prusses. Les amateurs du film Le Château dans le ciel, de Miyazaki, y dénoteront certaines similitudes agréables. Un grand coup de cœur dont la seule déception est de devoir attendre plusieurs mois avant la sortie du second et dernier tome de l’aventure!

Cœur de slush
Sarah-Maude Beauchesne (Hurtubise)

C’est le roman pour adolescent le plus sensible que j’ai lu, non pas de l’année, mais de la décennie! Sensible en ce sens qu’il traite de ce premier vrai amour avec toute la nuance qui doit l’englober, nuance qu’on omet trop facilement dans la littérature plus manichéenne. Sensible également avec toutes les émotions déstabilisantes liées à ce grand saut dans le vide : la peur, la joie, la haine, la jalousie, l’orgueil, le courage, etc. Loin d’être un roman rose bonbon, c’est l’histoire d’un tombeur, sûr de lui, qui fait fondre le cœur de Billie, 17 ans. L’adolescente voit clair dans le jeu de séduction de Pierre qui la prévient de ne pas s’attacher, elle a beau vouloir s’éloigner, au fond d’elle, il est déjà trop tard : elle a craqué et ne pense qu’à lui. En entrevue, Sarah-Maude Beauchesne, la jeune auteure qui j’espère n’a pas déposé la plume, expliquait s’être fortement inspirée de ses journaux intimes de jeunesse pour l’écriture de Cœur de slush. On comprend ainsi où elle puise la charge émotive et ce ton parfait pour s’adresser aux adolescents! 

Un petit goût de noisette
Vanyda (Dargaud)

Celle qui dissèque avec une douceur et une profondeur infinie les liens – ambigus, forts ou tout simplement complexes – entre les gens fait une fois de plus opérer son charme. J’adore tout ce que fait Vanyda. Mais je dois avouer que ce long roman graphique, où chacune des histoires est entremêlée à une autre, est particulièrement chouette. C’est doux, ça nous transporte d’émotions en pays, passant du personnel à l’universel, nous rappelant que la vie est bourrée de petits « riens » qui font sourires.

Les choix d’Alexandra

Je suis là
Christine Eddie (Alto)

Un roman émouvant, éblouissant, un ravissement qui nous habite longtemps, que l’écrivaine lance comme une « bouteille à la mer », une œuvre de mémoire, pour se souvenir qu’Angèle est là, qu’elle s’accroche à ce qu’elle peut après avoir vécu un drame bouleversant, apprivoisant peu à peu sa nouvelle vie.

C’est le cœur qui meurt en dernier
Robert Lalonde (Boréal/Boréal compact)

Robert Lalonde met en scène un personnage haut en couleur : sa mère, une femme étonnante, qui lui a « légué l’exagération qui fait voir ». Avec son talent sans pareil pour raconter et pour faire voir – justement –, Robert Lalonde nous convie à une lecture émouvante et vibrante, sur la transmission, l’héritage et la mémoire. Dans ce portrait saisissant, il témoigne de son amour pour sa mère, maintenant décédée, avec qui il s’entretient encore sur le papier; il lui rend un hommage précieux, sans jugement, tout en finesse, malgré des souvenirs douloureux qu’il affronte enfin. Une grande œuvre qui prend au cœur.

Le mur mitoyen
Catherine Leroux (Alto/Coda) 

Encore une fois, l’auteure de La marche en forêt éblouit par son imagination et par sa plume. Cet ambitieux roman met en scène avec humanité et sensibilité des personnages qui ressentent le vertige. La vie puissante et poétique les fait tanguer. Cette œuvre sublime explore les failles, les désirs et la complexité des êtres, les liens qui unissent les gens, ce qui les rapproche et les éloigne. De ce roman intrigant, foisonnant, magique et tendre émane une grande beauté.

Charlotte
David Foenkinos (Gallimard)

Ce roman brodé avec délicatesse et poésie raconte une fascination, celle d’un auteur pour une artiste qu’il découvre lors d’une exposition. Dans un hommage sensible, David Foenkinos retrace la vie de Charlotte Salomon, artiste peintre allemande morte en 1943 à Auschwitz, à 26 ans, alors qu’elle était enceinte. Née dans une famille au lourd passé, où la morosité régnait, elle était en quelque sorte promise à un destin tragique. Un destin qui nous happe dès les premiers mots. Elle s’exile en France pendant la guerre où elle crée une importante œuvre dans laquelle elle se réfugie et qu’elle considère comme toute sa vie. L’auteur signe un roman singulier, bouleversant, fulgurant, magistral.

Oona et Salinger
Frédéric Beigbeder (Grasset)

Dans cette œuvre effervescente et envoûtante, Beigbeder s’inspire de l’histoire d’amour méconnue entre l’écrivain J. D. Salinger, l’auteur de L’attrape-cœurs, et d’Oona O’Neill, la fille du Nobel de littérature Eugene O’Neill, dramaturge américain. En 1940 à New York, le jeune homme de 21 ans rencontre la jeune femme, âgée de 15 ans. Puis, Pearl Harbor chamboule tout. Salinger part à la guerre, tandis qu’Oona se rend à Hollywood pour tenter sa chance dans le cinéma. L’amoureux transi correspond avec sa belle, mais celle-ci reste plutôt silencieuse… Elle a rencontré un certain Charlie Chaplin.

Les choix d’Isabelle

Recommencements
Hélène Dorion (Druide)

Des phrases qui sont des pierres précieuses et spirituelles que l’on suit comme une longue traversée, ou encore par petits bouts, en prenant le temps de s’arrêter à chaque phrase. Un livre à mettre sur la table de chevet pour prendre une page au hasard et accueillir l’enseignement qu’elle nous offre. Hélène Dorion nous raconte ses écueils avec toute la pudeur qu’il faut et nous invite, telle une amie, à tenter aussi l’aventure vers la simplicité et la vérité. Authentique.

C’est le cœur qui meurt en dernier
Robert Lalonde (Boréal/Boréal compact)

Quand on est fan de Robert Lalonde, on l’est pour toujours. C’est ce que je suis, une fan finie de Lalonde. Cela ne me rend pas aveugle pour autant. Je vois clair. Et je ressens surtout ce récit, qui est à la fois un hommage et une ode, mais aussi des écrits comme des chemins de traverse qui voudraient fendre l’enfance en deux, répertorier ses trésors et ses malheurs, et refermer la coquille, l’âme altérée, mais en paix. Unique.

Le mur mitoyen
Catherine Leroux (Alto/Coda)

Catherine Leroux a le don d’approcher les refuges intérieurs de ses personnages avec respect et délicatesse. Chacun des êtres présentés possède son unicité, mais tous se rejoignent dans leur besoin d’espoir et dans leur quête profonde de bonheur. C’est ce qu’on appelle une œuvre universelle. Et habituellement, ces œuvres rejoignent toutes les cultures et traversent le temps. Humain.

Chez la Reine
Alexandre Mc Cabe (La Peuplade)

Comme à peu près tout ce qui se fait aux éditions La Peuplade, Chez la Reine d’Alexandre possède un ton très personnel. La sensibilité avec laquelle Mc Cabe revient sur des éléments de son adolescence et de sa vie de jeune adulte nous laisse présumer, tant est fine et aiguisée sa faculté d’observation, de sa destinée – s’il le souhaite ainsi – d’écrivain. Contrairement à plusieurs de ses contemporains, Mc Cabe n’utilise pas la phrase courte et syncopée. Il assume une forme plus classique – qui n’exclut cependant pas l’originalité – avec une langue riche et protéiforme. Émouvant.

L’enfance de l’art 
Jérôme Minière (XYZ, « Quai no 5 »)

Dans ce premier roman du chanteur-compositeur-interprète Jérôme Minière, plusieurs histoires se superposent et nous tiennent éveillés. Éveillés par le merveilleux qui compose ces contes métaphoriques et par la maxime qui sous-tend tout le livre, celle qui dit qu’il «faut croire à son rêve». Je l’ai écrit ailleurs, L’enfance de l’art est un mélange de Murakami, Cortazar et Woody Allen, mais façon Minière. Magique.

D’autres suggestions de l’équipe :

L’angoisse du poisson rouge de Mélissa Verreault (La Peuplade)

Eleanor & Park de Rainbow Rowell (Pocket)

La vérité sur l’affaire Harry Quebert de Joël Dicker (De Fallois Poche)

 
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