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Françoise Careil reçoit le Prix Rayonnement 2016

Françoise Careil reçoit le Prix Rayonnement 2016

Par Sabica Senez, publié le 24/10/2016

C’est avec grand plaisir que nous avons appris que La Société d’histoire du Plateau-Mont-Royal a remis son Prix Rayonnement 2016 à Madame Françoise Careil, libraire et fondatrice de la Librairie du Square, une librairie indépendante membre du réseau des Librairies indépendantes du Québec.

Madame Careil a passé le flambeau en 2015, après la vente de sa librairie à Éric Simard et Jonathan Caquereau Vartabédian. Véritable institution dans le quartier du Plateau, cette petite librairie de la rue Saint-Denis à Montréal, qui a vue sur le grouillant square Saint-Louis, est réputée depuis son ouverture il y a plus de trente ans pour son lot d’intellectuels et d’artistes qui en ont fait leur librairie de quartier, dont Gaston Miron, Pauline Julien et Michel Tremblay. Au-delà de cet aspect anecdotique, cette librairie est devenue, au fil des décennies, une véritable institution et une référence pour la qualité de son inventaire et pour l’importance qu’elle accorde à sa clientèle.

Nous sommes ravis que l’engagement de notre amie Françoise, une véritable passionnée des livres, soit une fois encore souligné, et de manière plus officielle.

Yves Guillet, son bon ami et président sortant des Librairies indépendantes du Québec, lui avait d’ailleurs rendu un chaleureux hommage lors de l’assemblée générale de la coopérative en juin dernier :

« C’est la belle Françoise (air connu)

En 1950, le sénateur américain républicain Joseph McCarthy lance une “chasse aux sorcières” contre les communistes, le célèbre danseur étoile russe Nijinsky meurt à Londres et c’est le début de la guerre de Corée. Plus près de nous, mais encore loin de celle que nous célébrons ce soir, Georges-Émile Lapalme devient le nouveau chef du Parti libéral du Québec, et la revue Cité libre est créée.

La petite bretonne Françoise naît donc cette année-là, que les plus vieux auront identifié comme l’année mariale. Toutefois, la sainte vierge ne sera pas pour autant un modèle pour elle! Au contraire, je la connais rieuse, gourmande, joueuse (du Scrabble au Candy Crush, en passant par les cartes).

Son modèle sera plutôt un père, professeur de mathématique et gauchiste notoire, qui lui communiquera probablement sa faculté d’indignation. Aînée d’une grande famille, elle sera la seule de cette grande smala à choisir l’exil. C’est le Québec qui deviendra sa terre d’adoption, au milieu des années 1970.

Elle sera engagée tout d’abord par Renaud-Bray, à l’époque libraire indépendant, le temps d’un congé… d’emprisonnement! Elle aura d’ailleurs continué de voir Pierre Renaud au fil des ans, alors que la libraire de quartier devise avec le propriétaire du grand réseau.

Un peu plus tard, en 1985, elle prendra possession d’un local où venait de fermer la librairie Gutenberg, sur le square Saint-Louis. Française d’origine sur le plateau, elle allait ouvrir la voie aux nombreux concitoyens qui habitent désormais ce quartier montréalais. Cette année 1985 en sera une de grand cru, avec l’ouverture de sa librairie du Square, d’Olivieri et… le début de mon règne au Fureteur. Notre amitié a certainement germé lors de ce millésime. C’est aussi l’année où Robert Bourassa revient au pouvoir avant de devenir une autoroute ou un boulevard.

Le paysage du livre a certainement changé depuis cette époque où on retrouvait encore la librairie communiste Nouvelles Frontières sur la rue Ontario, les librairies Leméac et Hermès, rue Laurier, Ménard sur Sainte-Catherine, Bertrand, libraire-disquaire, aux places Ville-Marie et Bonaventure, Flammarion, vaisseau-amiral sur Université et Déom, aussi éditeur de poésie, sur Saint-Denis au cœur du Quartier Latin. La ville était aussi émaillée de libraires-anciens qui ont depuis fermé ou migré sur la grande toile.

Au Square, Françoise saura se créer, au fil des années, un lectorat des plus fidèles, des étudiants aux plus âgés, sans oublier plusieurs membres de la gente artistique. Elle fréquentera Gaston Miron, qui donnera rendez-vous au Bernard Pivot de l’époque d’Apostrophes dans sa librairie; Pierre Foglia aura certainement tiré des rayons de Françoise plusieurs des livres qui feront l’objet de ses populaires chroniques – et en ce sens, Françoise aura contribué, chez tous les autres libraires, aux ventes des titres qu’il a traités au fil de sa longue carrière -, elle deviendra vite une bonne amie de Michel Tremblay, et on croisera alors, au Square, Robert Lalonde et le futur académicien, Dany Laferrière. C’est même le grand cinéaste Claude Jutra qui, avant qu’on ne le réduise à un seul côté sombre de sa biographie, a conçu le logo du Square.

Mais, trève de “name dropping”, Françoise a fait de son échoppe une librairie de référence à Montréal, si petite soit-elle (la librairie, pas Françoise)! Extraordinaire lectrice, sa nature généreuse a tenu ce lieu d’échanges et de partage, contre vents et marées, et en a fait le succès qu’on connaît. Heureux ceux qui ont suivi ses traces d’avoir entre les mains un écrin si précieux.

Au moment où elle tire sa révérence, en ce XXIe siècle bien entamé, on peut dire qu’elle est passée de Gutenberg à la librairie 2,0.  Par son choix éditorial étudié, elle a été au centre d’un des lieux où art, savoir et connaissance au pied carré en ont fait un bouillon de culture des plus concentrés.

Bons vents à toi, chère Françoise, et continue de voguer, entre Montréal, Key West et la Bretagne de ta vieille maman. Merci de ce que tu as fait, merci d’être là.

Yves Guillet, 12 juin 2016 »

 

(En complément : capsule vidéo)

 

 

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