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Lettre ouverte d'Hervé Foulon à M. Bolduc

Lettre ouverte d'Hervé Foulon à M. Bolduc

Par , publié le 08/09/2014

Voici un texte d'Hervé Foulon, éditeur aux éditions Hurtubise et président du Groupe HMH. 

 

« LIRE, C’EST BOIRE ET MANGER. L’ESPRIT QUI NE LIT PAS MAIGRIT COMME LE CORPS QUI NE MANGE PAS »

Victor Hugo

 

Les déclarations malheureuses du ministre Bolduc, au-delà de la polémique qui a suivi, nous amènent à nous poser de nombreuses questions sur l’éducation que nous voulons offrir à nos jeunes et à la place qu’occupe la lecture dans notre société.

Si le ministre s’est mis le pied dans la bouche, il n’en demeure pas moins que peu de gens sont conscients de la piètre qualité des contenus de nos bibliothèques et, d’une manière plus générale, du peu de cas dont fait de la lecture. Je ne reviendrai pas sur ce que d’autres ont déjà soulevé : le peu de livres disponibles, et surtout, le réassort des collections qui est mal voire pas fait par manque de moyens, ce qui a pour conséquence de confronter nos jeunes à des données obsolètes. Pour les inciter à la lecture, il n’y a pas pire politique puisque dès le plus jeune âge on leur démontre que la plupart des livres mis à leur disposition livres sont périmés…

Le rôle d’un livre est de transmettre des connaissances, de faire découvrir, d’où l’importance de renouveler ces collections pour que l’information soit à jour. Mais un livre est également un moyen pour transmettre la culture, les idées, pour approfondir la connaissance de la langue.

«Un enfant n'a jamais assez de livres. C'est important d'avoir un accès facile à la lecture, car c'est une stimulation constante pour mieux connaître la langue. C'est vrai que les commissions scolaires doivent faire des choix, mais entre nous, je pense que d'autres choix peuvent être faits», a dit le premier ministre face à la controverse.

Merci Monsieur Couillard, mais plutôt que des démentis, ne pourrions-nous nous attendre  à une politique culturelle soutenue par l’ensemble du gouvernement, à un appui à la lecture avec les moyens correspondants, à une promotion de notre littérature ?

Que sera le Québec de demain si nous ne réduisons pas le taux d’illettrisme ? Que deviendra notre identité si nous ne transmettons pas par la lecture notre patrimoine littéraire et historique ? Pourrions-nous espérer une meilleure coordination entre les ministères de l’Éducation et de la Culture pour favoriser la promotion et la connaissance de notre littérature, et pour établir une politique à long terme de la lecture ?

Comme le premier ministre le souligne, « il faut avoir un accès facile à la lecture » et donc au livre, à tous les livres. Il faut que nos bibliothèques, qu’elles soient scolaires ou municipales, regorgent de livres, qu’on y retrouve les « classiques » de la littérature québécoise comme les nouveautés, des livres pour petits, adolescents, adultes, des romans, des documentaires, des essais, etc. Une bibliothèque devrait être la caverne d’Ali Baba.

Idem pour  les librairies ; n’attendons pas qu’elles crèvent toutes pour réagir ou pour nous lamenter. Agissons et ne laissons pas les méga entreprises de distribution nous dicter des volontés qui ne sont rattachées qu’à des intérêts économiques et où la diversité culturelle est sacrifiée.

Mais pour cela il faut une volonté politique et accepter d’allouer les budgets nécessaires.

Il faut aussi promouvoir la lecture et le livre auprès des familles. À l’image de la Fondation Chagnon qui a réalisé une magnifique publicité encourageant la lecture et la possession d’un livre dès le plus jeune âge, il faudrait multiplier les actions incitant les gens à lire en leur disant tout ce que la lecture apporte, que ce soit pour le plaisir, la culture, l’épanouissement personnel, la connaissance de la langue, etc.

S’il vous plait, Mesdames et Messieurs les politiciens, de quelque parti que vous soyez, ayez une vue à long terme, pensez à l’avenir de nos enfants et petits-enfants, et pas seulement à la prochaine échéance électorale…Aidez-les à se développer, à se nourrir l’esprit.

 

Hervé Foulon
Éditeur
Père de quatre enfants et grand-père de huit petits-enfants (à ce jour)

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