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Les 20 ans de Planète rebelle

Les 20 ans de Planète rebelle

Par Isabelle Beaulieu, publié le 06/12/2017

Les éditions québécoises Planète rebelle se consacrent depuis vingt ans à l'art du conte. Qu'il soit traditionnel ou moderne, destiné aux petits ou aux grands, le conte perpétue avec couleur et émerveillement la culture d'un peuple. C'est pourquoi nous souhaitons longue vie à Planète rebelle! Voici un entretien réalisé avec Marie-Fleurette Beaudoin, la charmante directrice de la maison d'édition.

Remontons dans le temps. Parlez-nous de la fondation de Planète rebelle.
Planète rebelle a été fondée en 1997 par le conteur André Lemelin dans la foulée du renouveau du conte au Québec. Il a vite été convaincu qu’il fallait diffuser le travail de ces artistes qui faisaient du conte leur nouveau moyen de création. C’est la raison pour laquelle rapidement il a joint une version audio au livre au moyen d’un CD. Les conteurs, il faut surtout les entendre. Le conte étant un art de la parole. Je l’ai reprise en 2002 et la dirige depuis toutes ces années.

D’où vous vient cet intérêt pour le conte?
Les années 1990 ont été foisonnantes pour la prise de parole engagée à Montréal. On a vu l’émergence des conteurs, mais aussi des poètes et performeurs en spokenword, l’ancêtre du slam. Il était possible d’assister deux à trois fois par semaine à des soirées où la parole engagée régnait, ça me passionnait. En 1993, Marc Laberge, le fondateur du Festival interculturel du conte de Montréal, m’a demandé de faire partie du CA du festival. Dès la première édition, je suis « tombée dans le conte » comme on dit « tombé en amour », et l’histoire d’amour continue.

Quels sont les plus grands défis d’une maison d’édition de niche comme la vôtre?
Quand j’ai repris la maison, le premier défi a été la reconnaissance comme maison d’édition littéraire. Celle-ci est venue en 2004 quand le Conseil des arts du Canada a reconnu le conte comme de la littérature orale. Cette définition a permis à Planète rebelle d’être reconnue, agréé et de profiter de toutes les subventions pour les éditeurs. Ça a aussi permis aux conteurs d’accéder aux aides financières de création pour les artistes. À partir de ce moment-là, il nous a été possible de développer nos collections et de publier 8 à 12 livres avec le CD par année autant pour les adultes que pour les enfants, d’être mieux distribué dans les librairies et de faire connaître les conteurs au grand public et non plus juste à un petit groupe d’amateurs de conte. L’immense succès de Fred Pellerin aussi dont nous avons vendu ses premiers livres à des centaines de milliers d’exemplaires a contribué à faire connaître Planète rebelle et son travail pour le conte et auprès de conteurs. 

Parlez-nous brièvement de chacune de vos collections.
La première collection et la plus fournie offerte au catalogue de Planète rebelle s’appelle « Paroles », sans ambiguïtés. On y retrouve la plupart des conteurs reconnus au Québec et des collectifs de conteurs étrangers. La collection se dédie au conte et aux conteurs contemporains, soit en consacrant à l’œuvre vivante d’un conteur ou d’une conteuse un ouvrage particulier, soit en réunissant sous la forme de collectifs un ensemble de paroles contées et rassemblées autour d’un thème ou le plus souvent mémoire d’un événement, d’une performance orale autrement éphémère (nuits du conte, festivals).

La collection « Mémoires », dans laquelle on trouve réactivés et préservés de l’oubli nos contes traditionnels notamment par la réédition de collectages et d’écrits autrement épuisés et introuvables.

La collection « Regards » présente une série d’essais sur la pratique du conte dans la société.

« Conter fleurette » s’adresse aux jeunes de 3 à 8 ans. Avec l’apport de conteurs et de conteuses de talent et la complicité de musiciens, cette collection convie à la découverte d’univers peuplés de personnages des plus étonnants aux plus attachants. Outre la participation vivante de conteurs et de musiciens professionnels que permet le CD, l’ouvrage propose la présence du texte et l’invitation à la découverte de la lecture, accompagnée d’illustrations pour compléter, autour d’une histoire, la rencontre de la parole et de la musique, du mot et de l’image.

S’adressant aux tout-petits, une collection intitulée « Petits poèmes pour rêver le jour » offre de courtes histoires narratives, proches de la comptine et ouvertes aux libertés imaginaires si naturelles aux tout jeunes enfants. Bien sûr, et fidèle à la formule, l’ouvrage est lui-même enrichi d’un CD où voix conteuse et instruments font chanter les mots et les images.

On trouve encore sur les étagères déjà bien fournies des Éditions Planète rebelle d’autres collections et séries. Il faut souligner plusieurs expériences narratives qui, si elles ne sont pas tant du registre du conte, partagent avec celui-ci l’hommage à la parole, tant du côté de la poésie que de celui des arts de la parole, inaugurant, au moyen du CD-ROM, du CD audio ou du DVD, les possibilités du multimédia et faisant du livre, comme support d’accueil, un vaste rendez-vous de formes et de modes d’expression : pas si loin du conte, au moins complice avec celui-ci dans la connivence du récit parlé. Vous pouvez consulter notre catalogue sur notre site Web www.planeterebelle.qc.ca/fichiers/PR_catalogue20172018.pdf.

Ni tout à fait littérature, ni tout à fait spectacle, où se situe selon vous le genre particulier du conte? Qu’est-ce qui le caractérise?
L’oralité bien sûr.

Avez-vous une ou deux réalisations dont vous êtes particulièrement fière?
C’est difficile de choisir. Depuis 20 ans, nous avons édité les plus grands conteurs : Jocelyn Bérubé, Michel Faubert, Mike Burns, Fred Pellerin, Kim Yaroshevskaya, Marc Laberge, Renée Robitaille, François Lavallée, Joujou Turenne, Jean-Marc Massie, Jacques Pasquet, Jani Pascal, pour n’en nommer que quelques-uns parmi ceux que je qualifie de pionniers et de première vague.

Bien sûr succède à ce premier déferlement une deuxième vague : Franck Sylvestre, Simon Gauthier, Nadine Walsh, Sylvi Belleau, Stéphanie Bénéteau, Arleen Thibault, Jacinthe Lavoie, Suzanne De Serres, Lucie Bisson, et j’en passe... Et maintenant arrivent ceux que je qualifie de nouvelle vague, et ils sont nombreux et prometteurs. Tous sont garants de la vivacité du conte et de la parole vivante dont nous avons tant besoin dans notre société branchée en permanence sur des écrans et submergée de propos anodins.

Au fil des années, nous avons aussi travaillé avec des auteurs littéraires et des poètes, entre autres pour notre collection « Des mots plein la bouche » et notre collection pour tout jeunes enfants, « Petits poèmes pour rêver le jour ». Je tiens à souligner aussi leur talent et leur contribution à la diversité de notre catalogue. C’est la fidélité à nos auteurs et à notre mandat éditorial malgré les aléas du milieu de l’édition ces dernières années qui me rend le plus fière.

À quoi reconnaît-on un bon conte et un bon conteur? 
Vivaces au temps où nos ancêtres racontaient des histoires pour se constituer une « Histoire », pour se réchauffer le cœur, pour tromper la fatigue ou la peur, les contes sont peu à peu tombés dans l’oubli... jusqu’à ce que les néo-conteurs fassent renaître les anciens récits. L’émergence de ces conteurs talentueux s’en est suivie d’un riche répertoire de récits contemporains et urbains. Bien que le conte actuel soit aussi un art de la scène, ce qui le distingue du théâtre soit que le conteur s’adresse directement au public à travers son récit. C’est la magie de ce contact lorsqu’il est réussi qui fait un bon conte et un bon conteur.

Pouvez-vous nous confier un ou deux moments qui font partie de vos plus beaux souvenirs? 
Je pense que ce sont les fêtes et les spectacles que nous avons organisés pour nos 10 ans, nos 15 ans et en octobre dernier pour nos 20 ans. Pour moi ces moments ont été des victoires sur un travail incessant pour assurer la réussite de la maison.

Selon vous, qu’apporte la voix du conteur, individuellement, collectivement?
Le conte est une forme d’expression qui tend à réconcilier tradition et modernité. D’une certaine manière, le conteur incarne le personnage mythique du passeur d’un monde à l’autre.

Pourquoi le nom Planète rebelle?
Au moment de la fondation de la maison, André Lemelin était l’éditeur de la revue de poésie Stop sur le Web. Pour lui Internet nous ouvrait sur le Monde. Et rebelle parce que le conte, bien que plusieurs fois millénaire, est resté pour les artistes un territoire subversif et que dans nos sociétés modernes, il a été marginalisé.

Avez-vous des rêves pour votre maison d’édition, à court, moyen et long terme?
Mon défi actuel est d’assurer la pérennité et la continuité de mon catalogue – dont je suis très fière – dans un contexte où le milieu du livre et ses circuits de diffusion tels qu’on les connaît, subit de graves perturbations et j’ajouterais une profonde mutation. J’aimerais que Planète rebelle et ses oeuvres, comme le souhaitait son fondateur, soient connus – réalité bientôt tout à fait possible grâce au numérique – partout sur la Planète.

Site de Planète rebelle

Photo de Marie-Fleurette Beaudoin : Christiane Olivier

 

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