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Le Salon du livre des Premières Nations : quatre questions à Daniel Sioui

Le Salon du livre des Premières Nations : quatre questions à Daniel Sioui

Par Isabelle Beaulieu, publié le 23/11/2017

La sixième édition du Salon du livre des Premières Nations prend son envol aujourd’hui pour se poursuivre jusqu’au 26 novembre. Les activités se partagent principalement entre la Maison de la littérature à Québec et l’Hôtel-Musée Premières Nations à Wendake. Déjeuners poésie, activités jeunesse, tables rondes, ateliers, rencontres, dédicaces, conférences, lancement, spectacles, hommage, soirée de poésie, les prochains jours risquent d’être beaux.

Le prochain jeu-questionnaire mensuel 30 arpents de pièges organisé par Les libraires en collaboration avec la Maison de la littérature sera entièrement consacré à la littérature des Premières Nations et conçu par la librairie Hannenorak. Nous vous y invitons chaleureusement le mercredi 29 novembre à 19h.

Pour partir du bon pied le Salon du livre des Premières Nations, nous avons posé quatre questions à Monsieur Daniel Sioui, fondateur du festival, éditeur de la maison Hannenorak et propriétaire de la librairie du même nom à Wendake.

 

Quelle est votre implication, ainsi que celle de votre librairie et de votre maison d’édition, au sein du Festival des Premières Nations?

Le Salon du livre des Premières Nations a grandement évolué au fil des années. Étant le fondateur de ce salon, j’en étais aussi l’organisateur lors des premières éditions. Voyant l’engouement ressenti autant par les auteurs que par les visiteurs, nous avons décidé de mettre sur pied un organisme à but non lucratif, Kwahiatonhk!, ayant pour mission de valoriser la littérature des Premières Nations. C’est maintenant cet organisme qui s’occupe de la planification du salon. Mon rôle se limite maintenant à en être le président et à travailler en collaboration avec le directeur, tout en lui laissant la liberté de création. Bien entendu, la librairie et les éditions Hannenorak seront toujours sur place lors de l’événement, afin de faire découvrir la littérature autochtone au plus grand nombre.

Selon vous, comment se caractérise la littérature des Premières Nations, a-t-elle une essence bien à elle?

Un auteur, peu importe sa nationalité, parle souvent d’abord de ceux qu’il côtoie, de ce qu’il connaît, de ce qui le passionne. Les auteurs des Premières Nations n’échappent pas à ce constat en s’inspirant entre autres des légendes qu’ils ont entendues, des communautés qui sont les leurs, du savoir traditionnel transmis de génération en génération. Parler d’amour, de voyages, de sujets universels ne fait pas moins d’eux des auteurs autochtones. Deux romans de la rentrée littéraire en sont de bons exemples : De vengeance (L’instant même) de l’auteure innue J. D. Kurtness et Tsunamis (Libre Expression) de l’auteur innu Michel Jean. L’un met en scène l’histoire peu banale d’une meurtrière, tandis que l’autre nous transporte au Sri Lanka lors d’une catastrophe naturelle. La littérature des Premières Nations s’avère donc riche, plurielle, forte de nombreuses cultures s’abreuvant à la tradition comme à la modernité.

Parlez-nous un peu des nouveautés des éditions Hannenorak.

En octobre dernier est parue, avec la collaboration de l’Institut Tshakapesh, une anthologie intitulée Tracer un chemin / Meshkanatsheu : écrits des Premiers Peuples, sous la direction d’Olivier Dezutter, Naomi Fontaine et Jean-François Létourneau. Il s’agit d’un recueil de textes d’auteurs autochtones ayant pour thème la notion de territoire. Les genres littéraires sont très variés (poésie, chanson, théâtre, nouvelle, etc.) et les auteurs proviennent de diverses communautés. Des auteurs comme Marie-Andrée Gill, Joséphine Bacon, Thomas King, Jean Sioui, y ont participé. Les directeurs espèrent, avec cette anthologie, mieux faire connaître la littérature des Premières Nations, notamment auprès des étudiants du secondaire et du postsecondaire.

Notre plus récent titre, C’est fou comme t’as pas l’air d’en être un! de Drew Hayden Taylor, est une traduction du livre The Best of Funny, You Don’t Look Like One (Theytus Books, 2015) réalisée par Sylvie Nicolas. C’est la première fois qu’un des livres de l’auteur et dramaturge ojibwe est traduit en français. Le lecteur peut y découvrir une panoplie de chroniques et de courts essais, à la fois humoristiques et ironiques, à propos de la réalité d’être un Autochtone aujourd’hui. On rit, on réfléchit, on s’indigne… Taylor est un fin observateur qui n’a pas la langue dans sa poche! Plusieurs mythes sont déboulonnés, au plus grand plaisir des principaux intéressés, c’est-à-dire les Autochtones.

Pouvez-vous nous donner une ou deux suggestions de lectures parmi vos préférées?

J’ai justement adoré l’ouvrage de Drew Hayden Taylor que nous venons tout juste de publier. Je vis quotidiennement plusieurs des situations qui y sont décrites et je me suis beaucoup reconnu à travers son écriture drôle et intelligente (parfois mordante!). Cela faisait longtemps que je ne m’étais pas autant amusé en lisant un livre. Les observations de cet Ojibwe aux yeux bleus, comme il aime se décrire, sont franches, lucides et lèvent le voile sur de nombreux tabous et préjugés.

J’ai également un faible pour les écrits de l’auteur et dramaturge cri Tomson Highway. Il réussit à décrire avec finesse la réalité des Autochtones d’aujourd’hui, à rappeler les douleurs du passé sans jamais verser dans le pathos, à émouvoir, à faire rire… Il déconstruit la question du genre, revisite la mythologie de nos peuples, marque l’imaginaire, et ce, avec une remarquable sensibilité et un humour fin.

Librairie Hannenorak
24, rue Chef Ovide-Sioui
Wendake
418 407-4578
http://hannenorak.leslibraires.ca/ 

 

Lire notre dossier sur les littératures autochtones

 

À lire aussi : Librairie Hannenorak : Pour briser les préjugés

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