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Laferrière à l'Académie?

Laferrière à l'Académie?

Par Isabelle Beaulieu, Les libraires, publié le 29/10/2013

La nouvelle n’est pas « nouvelle » puisque son annonce a été faite la semaine passée dans à peu près tous les médias, mais nous tenions à la traiter étant donné sa teneur réjouissante. L’écrivain québécois d’origine haïtienne Dany Laferrière est un des aspirants pour succéder au fauteuil du regretté Hector Bianciotti de l'Académie française. Avec lui, Arthur Pauly et Jean-Claude Perrier. C’est le 12 décembre que nous connaîtrons le fin mot de l’histoire. Mais déjà, une possibilité d’être élu au trône de la prestigieuse Académie française n’est pas rien.

Si l’on repasse en accéléré le film de la vie de Dany Laferrière, cette nomination prouve le joli tour que peut prendre le destin, à savoir l’histoire d’un petit bonhomme né à Port-au-Prince un printemps 1953 et qui grandit à Petit-Goâve en Haïti, qui un peu plus tard, soit en 1976, émigre au Canada pour fuir les fureurs du régime de Duvalier fils, qui devient écrivain après neuf ans en sol québécois à cumuler divers boulots, dont celui d’employé d’usine, qui rafle le prix Médicis en 2011 pour L’énigme du retour, roman protéiforme qui parle de sa rentrée au pays natal, et qui est aujourd’hui, en 2013, considéré comme prétendant à la plus ancienne institution littéraire française. Un parcours cavalièrement esquissé qui démontre cependant que si l’on connaît le début de l’aventure, on ne peut jamais prétendre en connaître l’issue.

En entrevue au Libraire, Laferrière explique le choix et les raisons qui le portent vers les mots : « On ne voit pas l’effet de la littérature. On ne peut pas voir ça à l’œil nu et pourtant, elle s’enfonce dans nos corps, dans nos esprits. Et tout cela est soutenu par 26 lettres de l’alphabet, qui nous déchargent de tous ces souvenirs, de toutes ces références. S’il n’y avait pas la possibilité de transcrire tout ça ailleurs, de déposer nos sentiments, on serait sans doute tous morts accablés ».

De Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer (1985) à Journal d’un écrivain en pyjama (2013), Laferrière fait la chronique de l’exil, de l’enfance, de la sensualité au sens propre, c’est-à-dire de l’envoûtement des sens, de la beauté quotidienne, grande et simple, de l’espoir de justice et de l’absurdité, « mais la plus sinistre plaisanterie, c’est encore de faire la guerre au nom de la paix ». (L’art presque perdu ne de rien faire, 2011)

Mais, que ce soit la nuit ou dans sa baignoire, Dany Laferrière est avant tout un lecteur amoureux. « Mais le plus beau voyage dans le temps que je connaisse, c’est celui que procure le bonheur de la lecture. On vous croit dans cette pièce alors que vous vagabondez dans d’autres siècles. » (L’art presque perdu...) 

La fusion de l’étonnant écrivain et du lecteur fervent qu’est Dany Laferrière en fait un candidat tout à fait crédible au siège de l’Académie. Croisons tout ce qui se croise.

Photo André Tremblay, La Presse

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 ibeaulieu@lelibraire.org

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